Archives mensuelles : février 2013

La lettre de Nico Bally pour le projet « Cher moi »

Nico Bally s’est joint au projet « Cher moi » et nous propose ici la lettre qu’il se serait écrit si jamais la Poste pouvait envoyer du courrier dans le passé. Mais avant toute chose…

Pack BIO&BIBLIO :

J’ai publié une centaine de nouvelles dans divers fanzines, anthologies, revues, webzines et autres.
Mes textes ont été publiés en France, Belgique, Suisse, Canada, et Espagne ! L’un d’eux a été adapté en pièce de théâtre.

Mon premier roman (L’Œil Clos, sorti en 2010) est composé comme un hommage à la littérature fantastique et décadente du XIXème siècle.

Je travaille en ce moment sur des projets destinés à la jeunesse.

1995

« Cher moi,

Je suis toi dans le futur. Je t’écris de 2013 où j’ai donc 34 ans.
Ça fout les boules, hein ?
Donc oui, tu vas survivre au moins jusqu’à 34 ans ! Et pourtant t’auras fait de belles conneries entre les deux…
Mais je ne suis pas là pour t’engueuler, ni même pour spoiler ! Tes conneries vont t’aider à mûrir, à trouver tes limites, etc.
Bon, si je peux t’en éviter une ou deux, ça t’aidera quand même.

Donc tu as 16 ans, on est en 1995. Tu découvres les romans, les jeux de rôles… C’est parfait ! Continue dans cette voie, elle va t’apporter bien plus que tu ne le soupçonne.
Arrête de stresser pour l’armée, ça va être supprimé. Eh ouais, juste avant que tu ai à y aller !
De toute façon la fac t’aurai permis de repousser l’échéance. Tiens, en parlant de ça, soit un peu plus sérieux en cours. Pour l’instant ça te semble facile de te contenter de la moyenne, mais le niveau va grimper d’un coup après le lycée !

Bon, je dois surtout te parler d’un sujet qui te fait grimacer : ton corps.
Tu sais quoi ? C’est mon corps aussi. On en a qu’un, et c’est pour toute notre vie. Alors commences à l’accepter et à le respecter. Tu le trouves faible, et même gênant, tu voudrais n’être qu’un cerveau qui flotte dans un bocal ou carrément télécharger ton esprit dans un robot. Bah c’est toujours pas au point en 2013 (pas de voitures volantes non plus, désolé).
C’est vrai, tu es myope, asthmatique, sans cesse malade et tes dents poussent de traviole.
Pour la myopie, choisis mieux tes lunettes et tu n’auras pas l’air aussi crétin.
Pour les dents, tu seras bientôt débarrassé de ton horrible appareil, qui t’auras concocté un joli sourire. Continue à les brosser tous les jours, merci.
Pour l’asthme, ton premier traitement t’as imposé des années de piqûres qui n’ont servies à rien. Je sais, c’est déprimant. Mais dans le futur, un traitement beaucoup moins pénible va te permettre d’aller beaucoup mieux ! C’est pas génial, ça ?
Et puis ça ne t’empêches pas de faire du sport. Je ne te demandes pas de devenir un sportif de compét’, ni même de te muscler ! Juste de te réconcilier avec ton corps. Entraîne-toi à ton rythme, à l’abri des regards narquois. Fais des sports doux : du yoga (oui c’est un sport, essaye d’en faire plutôt que de te moquer !), de la danse (le meilleur moyen d’apprécier son corps !), quelques exercices, du vélo. Va nager. Pas besoin d’être un rugbyman pour apprendre à ses poumons à respirer et à son cœur à battre sainement.
Et tu sais pourquoi t’es faiblard tout le temps, malade un jour sur deux, à faire des syncopes pour un rien ? PARCE QUE TU BOUFFES N’IMPORTE QUOI ! T’es encore en pleine croissance, et avec quoi tu nourris ton corps ? Du steak-frites à tous les repas ! C’est comme arroser une plante avec de la pisse : ‘faut pas s’étonner si elle pousse toute tordue !
En 2013 tu sauras te régaler avec une assiette de brocolis rissolés (arrête de te marrer, c’est vrai). Tu as ce pouvoir en toi, le pouvoir d’aimer plein de bonnes choses. Apprends à goûter, à te forcer. Vas-y par étapes, mais vas-y ! Ne te bloques pas sur l’idée que « tu es comme ça et puis c’est tout », contrôle-toi, bon sang ! Les légumes c’est la vie, mec ! (pour le chocolat c’est OK, tu peux continuer)

Bon voilà, j’espère que je ne t’ai pas trop effrayé. Jusqu’ici ta vie se déroule quand même plutôt bien. Tu vas rencontrer des gens formidables, vivre des trucs de dingue, et même être un peu utile aux autres. Enfin, je crois.
Et c’est pas fini !

— Nico

PS : Note bien cette date : le 3 avril 1998. Je veux que ce soir là tu allumes M6 et que tu regardes la série qu’ils diffuseront. La première saison a des effets spéciaux un peu pourris, mais tiens bon. Fais-moi confiance. Ne rate pas un épisode. »

Nico Bally Charles Collier

Vous pouvez retrouver l’univers de Nico sur son site internet : http://www.NicoBally.com

2 Commentaires

Classé dans Projet "Cher moi"

La lettre de Jean-Christophe Heckers pour le projet « Cher moi »

Ça n’arrête pas d’affluer. Aujourd’hui place à Jean-Christophe Heckers. Quoi ? Si, si la bio et la biblio arrivent. Faut juste attendre qu’elle se lance.  🙂

Bio:

« Né en 1968. Après un baccalauréat littéraire, s’est engagé dans la poursuite d’infructueuses études de philosophie, avant de bifurquer, d’obtenir on ne sait comment une licence d’ethnologie, et de devenir adjoint administratif au sein d’une prestigieuse administration (sic) parisienne en 1998, la fenêtre de son bureau lui procurant alors une vision de carte postale certes pas à dédaigner.

Mélomane peu averti mais éclectique, aurait rêvé de jouer du violon, mais a préféré remiser l’instrument au grand soulagement de ses voisins. À défaut de l’archet, la plume est le prolongement de sa main depuis plus d’un quart de siècle. D’abord surtout poète acharné, s’est lancé parallèlement dans la fiction, jusqu’à ce que celle-ci prenne définitivement le dessus, étranglant de ses petits bras musclés les ultimes velléités versificatrices. »

Biblio:

« Bazar des Anges », roman (sic), Le Manuscrit, 2006 (arraché à l’éditeur en 2007).
« Soixante-douze », webzine Encre dansante n°2, octobre 2008.
« De Profundis », anthologie ‘Ordures, décharges et insalubrités’, éditions Hydromel, à venir.
« Déserteur, pour toi ce labyrinthe », anthologie ‘Villes’, éditions Hydromel, à venir (bien plus tard).
Dans un cadre bien moins officiel, quelques nouvelles, un roman et Bazar des Anges ont atterri sur Atramenta. (Il oublie volontairement les poèmes, le bougre!)

563107_497719353602830_9911276_n

« Paris, 23 février 2013.

Salut petit con.

Je sais, on ne commence pas une lettre de cette façon, ce n’est pas poli, mais c’est moi qui t’écrit, donc qui m’écrit, si c’est pas drôle, ça… Toi, dans un peu plus de vingt-huit ans. Ouais, c’est loin. Ne t’inquiète pas, on me donne encore parfois dix ans de moins. Je dis, parfois, faut pas pousser non plus. Tu verras, le moment venu, ça surprend de se faire draguer de temps en temps par des presque gamins de vingt-cinq balais pas plus. Et puis ce n’est pas désagréable. Ça rassure un peu quand on se sent périmé. Mais rien d’autre, ne vas pas t’imaginer que tu en profiteras. D’abord tu n’en auras pas envie (honnêtement, ça va arriver, mais sans aller plus loin), et ensuite, ben ensuite tu verras bien aussi (ça ne te fera pas forcément rigoler, passons).

Donc, le topo c’est celui-ci. Je te surprends ? Mais c’est comme ça, tu n’y couperas pas. Entre autres choses, dont l’écriture. Tu as ainsi encore en gros six mois avant de déceler une petite attirance pour les garçons, un an pour que ça devienne beaucoup moins flou. Je ne vais pas dévoiler comment ça s’est passé, faut bien que ta vie ait un petit lot de surprises. T’en es encore à soupirer après Manuelle, c’est vrai qu’elle est jolie, qu’elle a des yeux sublimes d’un adorable doré. La timidité t’a fait louper une occasion, est-ce vraiment dommage ? Je crois que ça aurait posé plus de problèmes. Déjà que les deux ou trois ans à venir vont être un peu difficiles au niveau des sentiments… Si je pouvais je te dirais de te méfier d’Isabelle. Dans deux ans. Une grande blonde au corps parfait (tu verras ça à la piscine) qui t’en fera baver. Mais juste après il y aura V. Tu n’en tomberas pas amoureux, et là je dirai que c’est à regretter. Des mecs doux et câlins comme lui t’en trouveras pas des tonnes. Mais avant que tu décides de laisser aller et que le romantisme ça peut se jouer pas seulement avec les filles…

On va passer aux trucs qui te gêneront moins. Mais qui s’y rattachent, je ne crois pas qu’on puisse les dissocier de cette composante de ta personnalité dont tu voudras te débarrasser jusqu’à renoncer, accepter, assumer (mais revendiquer, jamais). Je vais quand même rajouter que la timidité sera toujours un problème, et que tu garderas un cœur trop tendre qui baignera souvent dans les désillusions. Tu auras des périodes très difficiles à cause de ça. Heureusement tu vas trouver la parade : tu ne seras jamais un loquace, mais gribouiller fiévreusement sera ta façon de bavarder. Et de te confier, aussi. Même si ça manquera parfois d’intimité.

Maintenant, ça doit faire un petit moment que tu as cessé de rêver de succéder à Isaac Asimov (qui t’auras donné le goût des nouvelles), Arthur Clarke (tu en découvriras les nouvelles, tu vas te régaler), ou Stanislas Lem (qui sera décisif dans tes orientations littéraires et intellectuelles, tu aurais pu choisir pire). Tu as bien compris que ça ne se passera jamais comme ça. Tant mieux. Mais ça ne te dissuadera pas de t’acharner sur une machine à écrire, fort heureusement. Parce qu’au bout du compte, tu finiras par avoir un style pas trop mauvais. Sur le fond de tes histoires, on pourra discuter, mais je ne vais pas te faire peur. Il y aura quand même des pages et des pages qui ne vaudront pas un clou. Le triple de ce que tu laisseras lire aux autres finira dans les oubliettes. Et si je dis le triple, je minimise. C’est que je ne compte pas les pages qui ne mèneront nulle part.

Restons-en au maintenant. Comme ça, tu viens de réussir à caser dans une anthologie amateur deux nouvelles. Tu n’as pas eu de prix pour le concours, mais tu es le seul à être doublement présent au sommaire. Félicitations. Là, tu vas t’offrir quelques mois durant lesquels tu commenceras des histoires sans réussir à les terminer, pas de panique : tu auras beaucoup de passages à vide ensuite. Qui sauront être interminables. Mais la poésie va t’embrasser et tu vas nous pondre de la strophe sans beaucoup d’interruptions durant encore, allez, neuf ans. Elle va t’aider à vivre, ce sera déjà énorme, même si le résultat de toutes ces années finira par te décevoir. Pour surmonter un tas de trucs, la poésie sera efficace parfois, nécessaire toujours. Tu reviendras à la prose lorsque le temps sera venu. Beaucoup plus tard. La nouvelle va de nouveau t’étreindre avec furie. Puis tu pousseras jusqu’au roman. Le regrettera. Ecriras moins. Peut-être mieux. Renonceras souvent. Hésiteras. Seras déçu de n’avoir jamais ni fait mieux, ni écrit plus. Et jamais ce que tu aurais intimement voulu, ni comme il aurait fallu.

Et jamais tu n’auras confiance en toi. C’est le truc pénible que tu vas traîner comme un boulet. Si je devais te suggérer une seule chose, c’est de te botter le train de ce côté-là. D’oser, en mettant de côté les hésitations, même si c’est pour te planter. De t’affirmer. Faute de quoi tu vas te retrouver plusieurs fois coincé comme un con dans des situations à la noix dont tu n’arriveras pas à te dépêtrer. C’est une recommandation valable pour tout, pas seulement en écriture. D’ailleurs, l’écriture, n’en fais surtout pas le centre absolu de ta vie. Elle sera une partie de toi, il ne s’agit pas de la négliger, mais surtout de ne pas la rendre prioritaire. Sinon tu t’y enfermeras et ça ne donnera rien de bon. Elle te sera indispensable comme l’air, mais si tu ne fais pas gaffe l’atmosphère deviendra irrespirable. Pour toi donc pour les autres. Ah oui, je sais que c’est sans espoir, mais si tu pouvais te bouger un peu, plus généralement, ce serait pas mal. Histoire de moins piétiner. Mais je crains que tu ne fasses jamais les efforts suffisants.

Je n’ai pas envie de t’en dire beaucoup plus. Tu as déjà quelques éléments qui te rendront sceptique, triste, dubitatif, rêveur. Tu vas te prendre la tête, c’est inévitable (activité que tu pratiqueras avec constance, bon, de ce côté tu ne te referas pas). Raison pour laquelle tu finiras inévitablement par te ruer vers la philosophie, même si ça ne te mènera pas loin. Si je devais résumer, c’est avec trois mots que je voudrais te faire réagir : aime, avance, donne. Il va falloir apprendre, avant de trop te replier sur toi-même. Sinon tu vas finir vieux con comme moi. Est-ce que ce ne serait pas dommage ? Mais je suis peut-être excessif. À toi de décider.

Bonne chance petit, et ne me prends pas trop au sérieux. Des fois que. Après tout, tu n’auras pas une vie si dégueulasse que ça. A un gros détail près.

Toi+28.

PS : Quand tu rencontreras Julia, par pitié, ne bouge pas le petit doigt. Vu ? Pour ne pas lui faire de mal. N’oublie pas, hein. C’est pour dans cinq ans. Ou six. En gros. Tu regretteras, et ton penchant pour la culpabilisation, hein…

PS2 : Tu feras gaffe aussi, avec ton premier gros truc de cinquante pages, un début de roman. Tu feras des sauvegardes, parce que l’ordinateur te claquera entre les doigts. D’accord tu n’auras aucun regret, mais quand même. Cinquante pages, zut, quoi. Ah, ce sera fin 1998. Je te conseille d’avoir un stock de disquettes.

PS3 : Quand tu seras amoureux, dans très longtemps, tu verras que rien n’aura changé, tu ne sauras pas quoi faire, un mec qui te plaira atrocement tu auras peur de l’aborder, le temps passera, et puis… et puis merde. Tu te sentiras tellement con, mon pauvre, une fois de plus, que tu t’en boufferas les doigts durant des semaines. Mais les doigts, ça ne nourrit pas, tu sais ?

PS4 : Au fait, tu aimeras toujours Chostakovitch. Ouais, ce sera ton truc. Et je vais te confier une chose, ça va vraiment t’aider. Mais je n’en dis pas plus. Flanque-toi le premier concerto pour violon (ta version Oistrakh/Mitropoulos) et relis cette lettre, ça l’éclairera peut-être différemment. »

Vous pouvez suivre l’actualité de Jean-Christophe via son blog : http://chapitre0.blogspot.fr/

Poster un commentaire

Classé dans Projet "Cher moi"

La lettre de Pascal Bléval pour le projet « Cher moi »

Nouvelle contribution. Nouvel auteur. Aujourd’hui nous accueillons Pascal Bléval alias Scalp qui a eut la gentillesse de se prêter à l’exercice de la lettre. Pour celles et ceux qui lisent mon blog, on débute tout de suite avec quoi ? On me dit dans l’oreillette qu’il s’agit d’une petite bio. C’est parti !

Pascal Bléval – Scalp

Cet humain de trente-quatre ans tente de faire croire à tout le monde (et surtout à lui-même) qu’il mène de front deux carrières en même temps.

En effet, comptable (ou presque) le jour, il fait tout son possible pour s’imaginer écrivain la nuit et le week-end, entre deux allers-retours aux activités de ses trois chères petites têtes brunes.

C’est ainsi qu’il nous propose des récits généralement rédigés dans un état quasi-comateux, à mi-chemin entre l’éveil semi-profond et le sommeil léger.

Ses genres de prédilections ? SF, Fantasy, sous la forme de nouvelles et de courts textes de préférence.

Pour peu que vous acceptiez de rester enchaîné à votre chaise, nul doute que vous aurez du mal à décrocher avant d’avoir englouti la dernière page de son tout nouveau Roman, dont il s’est fait une telle joie de vous proposer la lecture.

Mais prenez garde de ne pas dire que vous n’aimez pas ce qu’il écrit. Vous risqueriez de le regretter jusqu’à la fin de votre – désormais très courte – Vie.

Ou alors, préparez vos arguments !

N’oubliez pas que vous êtes en son pouvoir…

On vous aura prévenus !

Ses publications (gratuites, rassurez-vous) :

Nouvelle « destination incorrect » (demi-finaliste du 1er tournoi de novellistes du blog Nouveau Monde):

http://notre-nouveau-monde.blogspot.fr/2013/02/tournoi-des-nouvellistes-demi-finale-n2.html

Nouvelle « Dans les nuages égarés »:

http://www.ymagineres.net/article-nouvelle-dans-les-nuages-egares-de-scalp-113903681.html

Textes partagés sur WeloveWords (au nombre de 4 à ce jour):

http://www.welovewords.com/scalp

Première partie de la nouvelle « Sombre-Masque » (la deuxième va suivre), à lire dans le webzine Chrysalide N°1, téléchargeable ici:

http://plumeimaginair.over-blog.com/pages/Chrysalide_le_fanzine–7206737.html

« Cher moi, toi, nous.

Je t’écris, en ce beau (mais super froid) samedi 23 février 2013, pour te parler de toi, de moi, de nous.

Si tu as 16 ans, alors nous sommes en 1994. Qu’est-ce que tu fais de beau, dans la vie, rappelle-moi ? Attends, je regarde mon CV. ^^

Ah, oui, tu es encore au Lycée, forcément. Tu es en fin seconde, si j’ai bonne mémoire. Autant te le dire tout de suite, l’an prochain tu vas redoubler, pour passer de la section « S » à « ES ». Tu t’y sentiras beaucoup mieux, et cela ne te fera même pas perdre tes amis de vue, alors courage !

Tu commences à écrire, aussi. Tu as une idée de roman de SF en tête. Bon, tu ne le finiras jamais, celui-là. Cette histoire d’humains capables de voyager à travers l’espace sidéral en mangeant des champignons était un peu tirée par les cheveux, quand même. Quant à cette nouvelle racontant la vie des habitants d’une cité étrange, gérée par un ordinateur central un peu fou, tu n’iras pas au bout non plus. Il faudra quand même que je l’écrive, un jour, parce que ces robots qui tombent soudain du ciel en bordure de la cité autonome, et qui se mettent à construire une machinerai complexe, ça promettait une joyeux délire !

À part ça, je voudrais te rassurer sur un ou deux points :

– Non, tu ne rateras pas ta vie si tu n’arrives pas à danser dans les soirées. Cela ne t’empêchera pas de te marier, ni d’avoir des enfants, et bien plus tôt que tu ne pourrais t’y attendre, encore !

– Oui, un jour, tu ne seras pas trop mauvais à l’écriture. Par contre, je ne peux pas encore te promettre que tu vivras de tes écrits, ce n’est pas encore mon cas. J Il faudra peut-être attendre que j’écrive une autre lettre, plus tard, qui sait ?

Pour finir, quelques conseils :

– Pense bien à t’inscrire sur le forum de béta-lecture cocyclics, ainsi que sur Facebook. Par contre, prends toi un pseudo (je te laisse chercher, moi j’ai trouvé le mien, donc tu devrais y arriver aussi), ne raconte pas toute ta vie là-bas, hein, reste discret sur ta vie privée, c’est plus prudent. D’une part, les gens s’en tamponnent un peu de savoir que tu as cassé une biscotte en mangeant ton petit déjeuner hier matin, et d’autre part ça ne les regarde pas. Moins tu en diras, mieux ce sera pour toi, crois-moi.

– Ne te prends pas la tête avec ce que pensent les autres. Écoute ce qu’ils te disent, réfléchis-y, prends ce qui te semble constructif (parce que tout n’est pas forcément bon à jeter), et laisse le reste de côté. Certains chercheront avant tout à te casser pour que tu correspondes davantage à ce qu’ils souhaitent, eux.

– Lave toi tous les jours, pas seulement un sur deux, espèce de gros dégoutant ! Oui, même l’hiver quand il fait froid sous la douche ! J’y arrive depuis pas mal d’années, alors il serait temps que tu t’y mettes ! Non mais. C’est mon corps aussi, quoi, quelque part.

– N’accepte pas les prétextes que tu t’apprêtes à te sortir à toi-même, pendant dix ans, pour ne pas écrire. Force-toi un peu, fous toi un bon coup de pied dans le derrière, colle toi à ton ordi et écris, nom de d’la !

Bon, je pense que c’est à peu près tout. J’imagine qu’on va se revoir, hein ? À plus, le Scalp. 😉 »

Avatar du forum bouche à oreille - 180 pxls

 

Poster un commentaire

Classé dans Projet "Cher moi"

La lettre de Romain Billot pour le projet « Cher moi »

Premier auteur à s’être prêté au petit jeu de la lettre, j’ai nommé Romain Billot. Pour celles et ceux qui ne sauraient pas qui il est, voici une courte bio :

Né le 17 juin 1982.

Bercé par les films kitch de la Hammer comme d’autres ont pu l’être par les dessins animés Walt Disney, l’enfant terrible créa son cabinet des curiosités et sut que de «toutes les horreurs qu’en rêve il avait créées», il voulait en faire son métier…

En 2007, il publie pour la première fois un poème en prose «Le Funambule-araignée» dans la revue universitaire Némésis et obtient son Master de lettres à l’université de Bourgogne.

Après ses études, il décide de se consacrer exclusivement à son amour du fantastique et des mauvais genres avec la création de la revue de l’imaginaire Freaks Corp. En 2009 et l’écriture de nouvelles, notamment un thriller fantastique sanglant Le visage de la bête (prix Merlin 2012) publié dans le vingtième numéro du « Codex Atlanticus : Anthologie permanente du fantastique » à La Clef d’Argent.

En 2012, il retourne s’installer au pied du Plomb du Cantal pour renouer avec ses origines et y trouver sa principale source d’inspiration…

Plusieurs publications dont deux recueils de nouvelles sont prévues pour 2013…

Bibliographie :

– Les prédateurs de l’ombre (recueil)
Midgard Editions. (A venir, 2013)

– Les Contes du Grand Veneur (recueil jeunesse)
Ivrebook éditions numériques. (A venir, mars 2013)

-L’esprit de camarade
Fanzine Horrifique (A venir)

– Le phare au cœur des brumes
Revue Etherval N°3. Automne 2013

– Impasses des Chrysanthèmes
Anthologie Ténèbres 2013, chez Dreampress. Mars 2013

– Fait comme un rat
Revue Brins d’Éternité N°34 (Québec), février 2013 .

– Entre chien et loup
Anthologie Fan 2 Fantasy : Sang, tripes et boyaux, janvier 2013.

– In Tenebris
Fanzine Horrifique N°86 (Québec), décembre 2012.

– Samah
Hors-série N°1 de L’Imaginarius : le petit journal du fantastique, décembre 2012.

– Bloody sabbath
L’Imaginarius : le petit journal du fantastique N°3, octobre 2012.

– Nous sommes le crépuscule
L’Imaginarius : le petit journal du fantastique N°2, Août 2012.

– Question de confiance
Flash-infos de l’Imaginaire de Jean-Pierre Planque, juin 2012.

Revue Horrifique (A venir)

– Sur le seuil
Revue La Salamandre N°16, 2012.
Webzine l’YmaginèreS, octobre 2012.

Fanzine Horrifique (A venir)

– Le visage de la bête (Prix Merlin 2012)
Freaks Corp. N°0, 2009.
Anthologie Codex Atlanticus N°20, 2011.
Fanzine Horrifique N°80 (Québec), 2012.

– La Communauté
E-Book La Bataille des 10 mots, 2011.

-Le Funambule-araignée
Revue Némésis N°12, 2007

P1030109

« Salut Romain,

Je suis toi… Enfin le toi de 2013, si tu n’ouvres pas cette lettre comme je suppose que tu le feras. Il n’y a donc pas grand risque que tu bouleverses l’espace-temps !

Certaines choses ne changent pas et j’ai quand même quelques certitudes en ce bas-monde. Je nous connais bien, mieux que quiconque et tu as toujours été toi, tu sais qui tu es et ça ne changeras pas…

Dans l’hypothèse où tu décides quand même d’y jeter un œil, je tenais à te parler de ce qui t’attend…

D’abord, je sais que nous sommes en 1998 et que tu es au début d’une dépression qui durera deux ans, à cause d’un lycée de marcheurs aux pas de l’oie et d’élitistes préférant détruire les élèves et les rabaisser plutôt que de les encourager… Ils n’aiment pas les esprits créatifs, mais continue ta route et envoie-les chier ! Je sais aussi que tu écris énormément pour faire taire les démons qui s’agitent dans ton crâne. Je te rassure tu parviendras dans l’avenir à les museler, sauf peut-être dans tes rêves. Oui, car ta parasomnie va encore s’aggraver dans les années à venir…

L’écriture est une bonne chose qui te restera (tu passeras des poèmes aux nouvelles d’épouvante et aux romans). A l’heure actuelle, même si c’est un rêve de gosse, tu ne penses pas qu’elle puisse te mener à quelque part, détrompe-toi… Suis avec confiance cette voie et les conseils de cette fabuleuse professeur de français qui nous a malheureusement quittés trop tôt, de manière tragique. Tu continueras d’écrire à cause de cette promesse que tu lui as faite et c’est une bonne chose, crois-moi ! Tu auras des publications dans des fanzines et des revues, quand tu te décideras enfin à faire lire tes textes… Je dis enfin car tu y seras réticent au début persuadé qu’on va se moquer de toi… Donc commence plus tôt que je ne l’ai fait moi-même (j’ai passé le pas en 2007). N’aies pas peur des critiques, même acerbes, ce sont elles qui te feront avancer… Tes premiers recueils sortiront l’année de tes 31 ans. Dans ce milieu il y a trois mots clef : patience, persévérance et sacrifices… Et pour ces derniers, tu n’as pas fini d’en faire…

Pour les deux ans à venir, j’ai un conseil à te donner : ne t’autodétruis pas autant que je l’ai fait (avec ce que tu sais, ce que tu as dans la poche de ta veste en ce moment même) et épargne à tes parents ces tentatives de suicide qui leur feront du mal et surtout à toi-même. Elles ne résoudront rien, tout comme cette automutilation régulière que tu pratiques pour détourner ta douleur morale, cela ne fait qu’aggraver la situation…  Quand on te proposera de prendre des antidépresseurs, refuse catégoriquement, tu m’entends ? Tu n’es pas un vrai dépressif, ce sont ces saloperies chimiques, mélangées au reste, qui te feront faire des conneries, avoir des accidents et autres…  D’ailleurs l’année de tes 18 ans sois bien sur le qui-vive en bagnole ! Danger ! Oui, tu auras le permis mais la deuxième fois et tu coûteras cher en assurance ! On te surnommera même monsieur Malus ! 😉

Dis-toi que ce bahut pourri n’est qu’une transition, la lumière est au bout du tunnel et ce tunnel c’est juste le lycée !  Tu auras ton bac S en n’ayant pas branlé grand-chose durant toutes ces années et tu iras à la faculté de Lettres (oui tu m’as bien entendu) où tu révéleras ton véritable potentiel, car tu es loin de l’image que tes connards de professeurs essayent de te donner de toi ! Tu y seras un bon élève tout en séchant la plupart des cours… Pas de soucis à te faire à ce niveau-là !

Ah oui, autres choses, pour le jour de l’an 2001 refuse de te rendre à cette soirée avec tes anciens potes, tu vas finir ivre-mort à pied et trainé par une voiture sur 30 mètres, donc encore une source d’angoisse pour nos parents et cette nuit-là,  tu ne passeras pas loin du point de non-retour !

En même temps cette soirée a contribué à me faire prendre conscience de certaines choses. Je t’en parle tout en sachant que ce moment a été déterminant pour l’avenir… En espérant que tu n’aies pas besoin de « choc frontal » pour enfin réagir !

Tu iras aussi à l’hôpital durant l’été 2003 pour une autre histoire, ne crois jamais ce que te diront les toubibs de là-bas, ce sont des incompétents de première bourre !

A la faculté, tu rencontreras pas mal de filles, je te laisse dans le doute volontairement car cela t’apprendra beaucoup de chose sur toi et te mettra du plomb dans la tête ! Ne cours pas plusieurs lièvres à la fois, aies confiance en toi et ne t’emmerde pas avec les bêcheuses… Je te donnerais juste un avertissement, quand ton frère te présentera une certaine nana dont tu tomberas amoureux, un simple conseil : blinde-toi bien, elle va t’en faire baver comme jamais celle-là ! Mais tu en sortiras grandi car cela t’ouvrira les yeux sur pas mal de trucs ! D’ailleurs, tu en connaitras quelques-unes dont tu garderas de bons souvenirs, mais en générale tu te tromperas souvent d’histoire comme disait Renaud, alors ne te laisse jamais décourager, chacune t’apportera ou te prendra quelque chose qui contribuera à ce que je suis moi-même devenu !

A la fin de tes études, tu refuseras de devenir professeur au profit d’écrivain pour ne pas devenir un vieux frustré dépressif et tu vas donc lâcher l’affaire après ton master suite à une expérience psychédélique (je ne t’en dis pas plus)… Par la suite, ça sera la merde… Mais là encore, pas d’inquiétude ! Pendant des années, tu connaitras la dèche la plus noire, des petits boulots sans lendemain, tu vivras même dans un endroit plus proche du squat que d’un appartement, sans eau chaude, avec des rats crevés, mais quand tu en arrivera là, je peux juste te dire que tu seras avec la BONNE personne, celle qui te permettra de tenir le coup et de réaliser tes rêves de gosses, puisque c’est grâce à elle que tu créeras une revue de l’imaginaire et que tu prendras confiance en toi au niveau de l’écriture.

Durant cette période de combat intensif pour la création de Freaks Corp., méfie-toi bien de tes prétendus amis dijonnais (il n’y a qu’à Maxime à qui tu pourras vraiment  tourner le dos, il t’est fidèle depuis l’enfance et cela continuera puisqu’il sera ton graphiste et ton directeur de publication sur la revue), les autres (à part Claire, Julien, Simon avec qui tu retrouveras du réconfort) ne t’attache pas à eux, ils sont faux, lâches et fourbes, ils ne feront que te ralentir et te mettre des bâtons dans les roues… Tes vrais amis, tu verras seront des artistes, écrivains et illustrateurs (dont deux compères que tu rencontreras au festival « L’Ecrit de la fée »), avec qui tu pourras être toi-même et avec lesquels tu passeras les meilleurs moments de ta vie !

En 2012, tu seras tenté de t’arracher de Dijon, si tu peux le faire avant cette date, n’hésite pas… Mais je pense qu’il y a une raison valable à cette décision tardive… Tout vient à point à qui sait attendre…

Tu ne devineras jamais d’où je t’écris… Une idée ? Non ? Du tertre familial dans le Cantal, au fin fond de la vallée de Brezons ! Et oui, au contact de tes racines (ce qui te manquait pour t’accomplir) tu y seras en paix avec toi-même, serein isolé dans ta montagne et surtout l’inspiration ne te lâchera pas ici. Je peux aussi te dire que la personne dont je te parlais te suivra en Auvergne, arrange-toi pour ne pas déconner avec elle et la garder avec toi… Sinon je remonte le temps pour t’en décocher une dans la mouille p’tit con !

Voilà, j’ai laissé dans l’ombre de nombreux points pour que tu puisses quand même faire ton expérience, sinon la vie n’aurait pas d’intérêt s’il n’y a pas de surprises, d’imprévus et si tout est écrit d’avance ! Et fais-moi confiance, il y a un tas de trucs bons ou mauvais qui vont t’arriver en plus de ce que je t’ai révélé, mais quoi qu’il advienne reste toujours droit dans tes bottes !

A dans 15 piges gamin ! Enfin peut-être si tu ne fais pas trop l’imbécile !

Romain B.

PS : Soit fidèle à ceux que tu aimes, n’accorde pas ta confiance trop vite aux autres et ne lâche jamais rien ! »

66178_562489567103296_1784807281_n

Vous pouvez suivre l’actualité de Romain via son blog à l’adresse suivante : romainbillot1982.wordpress.com

Poster un commentaire

Classé dans Projet "Cher moi"

La lettre de Rachel Berthelot pour le projet « Cher moi »

Après Romain Billot, voici la seconde lettre à contribuer au projet « Cher moi » et elle a été écrite par Rachel Berthelot. Si comme moi vous découvrez cette jeune auteur, je lui ais demandé de me parler un peu d’elle avec ses mots :

« Née le 16.03.1991, je suis – et j’ai toujours été – une jeune femme de caractère. Petite dernière d’une famille de trois filles, je me suis imposée comme je le pouvais pour me faire entendre. Comment me décrire ? Capricieuse, impatiente, perfectionniste, mais dotée d’une imagination sans borne, pour votre plus grand plaisir…
J’ai commencé à écrire vers l’âge de 12 ans. Des poèmes d’adolescente pour débuter, qui, deux ans plus tard, laisseront place à des épopées fantastiques. Créant une multitude de personnages, parfois inspirés de son entourage, je m’évade de son quotidien difficile à travers les mots.
Ma scolarité, durant laquelle j’ai dut mettre de côté l’écriture plusieurs fois, me conforta dans l’idée que ce n’était pas qu’une « occupation », mais bel et bien une réelle passion. Finalement diplômée en Communication, je me suis lancée dans l’aventure merveilleuse – mais non sans embûche –  d’écrire un roman, intitulé L’éclosion d’une Mystica. Au bout de quelques mois de projets et d’avancement, je conviens qu’il s’agira là du premier tome de sa Saga : Les neuf Gardiennes des Arts. »

16ans

« Chère Saty, je sais que tu n’aimes toujours pas ton prénom…

Nous sommes le 22 février 2013, et crois-le ou non, je suis ta « future toi ». Malgré ton esprit ouvert et plein d’imagination, je suppose que tu es dubitative… Alors passons aux preuves !

Si j’en crois ma mémoire, tu arrives à la fin de ton année de Seconde, en 2007, et aussi à la fin d’une magnifique histoire d’amour. Pourtant tu ne t’en formalises pas, et d’ailleurs tu as raison. Oui, je sais tout. Et non, je n’en dirais pas davantage. Sauf peut-être que tu devrais ne pas croire trop vite aux belles paroles… Si si, tu es naïve ! Tu t’en rendras compte bien assez vite.

Tu arrives aussi à un tournant décisif de tes études. Si j’avais un conseil à te donner, ce serait celui-ci : ne fais pas la rebelle, tu auras le temps pour ça plus tard. Ce sera dur, surtout si tu écoutes ton prof de Maths. Laisse-le parler, t’es plus intelligente que ça et il finira par l’admettre. Quant à ton Tu-Sais-Qui personnel, il te fera vivre un enfer encore un an. Oui, une seule année. Et tu pourras être fière de toi ensuite, parce que l’année suivante, tu passeras ton Bac. Niveau santé, ce sera catastrophique, mais tu seras très bien épaulée. Pis de toute façon, t’en verras d’autres…

Certaines personnes te décevront au fil du temps, même celles auxquelles tu ne t’attendais pas. Malgré ça tu vas vivre ta vie, adopter une sorte de « carapace » qui te permettra d’avancer comme TOI tu l’entends, et ton caractère suffira à supporter le poids du monde. Bon ok, j’exagère peut-être, mais cette période de ta vie (les études) sera certainement la plus éprouvante et en même temps la plus riche. Au passage, tu auras un nouveau Tu-Sais-Qui, mais il te surprendra au moment où tu t’y attendras le moins. Indice : Gâteau au chocolat ! Hem. Tu as visé juste depuis un an : tu t’épanouiras comme jamais et changeras de voie grâce à celle que tu as choisie. Tu découvriras aussi que le monde est petit, et ça te servira pour la suite -professionnellement- si tu fais preuve de patience. Ton premier boulot te comblera de belles surprises, et je sais que tu ne passeras pas à côté d’une occasion pareille…

Sur un plan plus personnel, je crois que tu n’en as pas encore conscience, mais l’écriture n’est pas qu’un passe-temps. C’est même beaucoup plus que ça. Tu auras des passages à vide, comme tout le monde, mais sache que je viens d’achever mon (et donc ton) premier roman. Eh non, rien à voir avec ta Vampire préférée… Même si sa fille te fera vivre une expérience (littéralement) extraordinaire. Non, je me tais sur ce point. En revanche, je peux t’affirmer une chose : cette passion t’apportera énormément, autant dans ta façon d’être que dans les relations que tu auras avec ton entourage. Tu rencontreras des personnes merveilleuses, beaucoup plus douées que toi, et habitant partout sur le globe. Si ta formation t’ouvrira aux autres, c’est l’écriture qui t’ouvriras au monde !

Je sais que tu attends une autre information avec grande impatience : non, tu ne seras pas mariée à 22 ans. Tes convictions seront chamboulées, remises en question et HEUREUSEMENT. En grandissant tu gagneras en maturité dans différents domaines, et celui-ci en particulier. Je n’ai rien d’autre à ajouter sur tes amours, car je tiens à ce que tu fasses les mêmes erreurs que moi : ça ne peut que te faire progresser. Et si je te donnais une liste des personnes à éviter, je ne serais peut-être plus moi-même en ce moment !

Mais j’y pense, tu vas bientôt être Tata ! Et la plus heureuse au monde, un véritable petit miracle qui a 5 ans à l’heure où je t’écris. Mais la famille n’a pas fini de s’agrandir… Je ne veux pas te gâcher le suspens, alors je n’ajouterai que ceci : l’année 2013 sera un grand cru ! La famille est ce qui t’importe par-dessus tout, et tu sais quoi ? Ça n’est pas près de changer… Tu seras marraine une seconde fois aussi, et ta première filleule ne cessera jamais d’être ton « rayon de soleil ».

En tout cas, tu peux constater que même six ans plus tard, tu es toujours aussi bavarde (si pas davantage). Tu vois aussi que je n’éprouve pas beaucoup de regrets, puisque je ne te donne pas beaucoup d’indice sur les mésaventures qui t’attendent… Je peux simplement t’affirmer qu’il y en aura, mais tout finit par s’équilibrer, et tu le sais déjà.

Certains diront qu’il est peut-être tôt pour t’écrire une telle lettre (qui sont-ils pour me juger ?). De mon côté, je peux affirmer que les années qui nous séparent méritent déjà de l’encre. Surtout, continue de croire en ton instinct et tes rêves. Reste telle que tu es, change si tu en as envie et non si les autres te l’imposes. Sois une battante, ne baisse pas les bras, tu sais que tu en es capable. Tu dois me trouver un tantinet prétentieuse, mais rappelle-toi que je suis toi… Je crois que tu comprendras un jour cette assurance, et qu’à mon âge tu seras tout aussi fière en faisant le point sur ta vie.

Comme je pense en avoir assez dit, je vais en rester là et te souhaiter autant de bonnes choses que de revers de médaille. Il n’y a que ça pour véritablement grandir…

Ta future toi,

Rachel (qui s’accepte comme elle est.) »

actuelle

Vous pouvez retrouver son actualité sur son site web : www.rachel-berthelot.fr

Poster un commentaire

Classé dans Projet "Cher moi"

La lettre de John Steelwood pour le projet « Cher moi »

Aujourd’hui c’est John Steelwood qui s’y colle. Le second Fossoyeur de la bande ; avec Romain Billot.  Il nous parle de lui en quelques mots :

« Je me nomme John Steelwood et je suis un pseudo. Je suis né en 1991, mais je suis plus âgé, car je ne suis qu’un succédané d’humain. Celui qui m’a crée préfère se cacher dans l’ombre et observer le monde. Il m’a laissé cette tâche d’écrire des histoires horrifiques, des récits où trembler ne suffit pas pour calmer ses peurs. Armé de ma hache, je débite les corps dans mes histoires, je raconte la vie telle qu’elle est, cruelle, sans pitié et souvent, l’impossible surgit pour saisir le lecteur aux épaules et l’entraîner dans les geôles de l’enfer.
Je vénère Lovecraft et King, j’aime me délecter des écrits de Barker et de Koontz et je n’ouvre jamais un livre de Musso – trop peur. Que dire de plus sur moi si ce n’est que j’écris tous les jours. J’écris depuis longtemps, et je continuerai tant que mes mains le permettront. »

johnn2

« Cher moi,

Tu es surpris, je comprends. Bientôt 40 ans et je respire encore. Toi qui croyais que tu allais mourir avant tes 25 ans. Et bien, tu t’es mis le doigt dans l’œil. Je sais que la période actuelle est des plus sombres pour toi, que tu n’as qu’une envie : partir de cette maison, loin de nos parents et ne jamais revenir, mourir, quelque part, loin des tiens. Sache que d’ici deux ans, tu vas rencontrer une personne, tu vas la considérer tel un phare, il deviendra ton meilleur ami et c’est grâce à lui que tu vas émerger lentement de cette fange qui t’entoure. Cependant, cette rencontre ne t’empêchera pas de jouer avec la mort dans ta voiture, d’ailleurs, tu la frôleras de manière physique et significative à deux reprises, dont une fois sur une corniche surplombant Monaco (tu garderas en tête l’image de la ville des années et tu écriras une nouvelle sur cette expérience, « un fauteuil pour Monsieur Ingelton »).

En écrivant cette lettre, je me dis que tu es un putain de romantique. Il suffit de voir la manière dont tu aimerais disparaître : Tu rêves de mourir comme James Dean, mais au volant d’une voiture plus modeste (et oui, petit moyen, petite auto), seulement cela ne se produira pas. Tu verras, tu fixeras cette idée au fond de ton être, celle de ne jamais te coller derrière le volant d’une voiture puissante. Tu aimes la vitesse, mais tu ne le dis pas. Elle te grise, t’attire, l’idée persiste aujourd’hui : dans les deux sens.

Tu as 16 ans, et tu es seul, tu n’as pas de petite amie, même si tu y songes. Des filles prêtes attention à toi, mais tu sembles ne rien voir, surtout les blondes. Les blondes te révulsent et tu ne sais pas encore pourquoi. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Comprendre te fera grandir. Tout ce qui t’entoure n’est que ténèbres et mort. Tu ne vis pas dans la même réalité que les autres. Tes amis se demandent pourquoi tu te mets en retrait et tu n’oses pas leur avouer que tu réfléchis sur ta condition d’homme, car ils sont plutôt du genre à se soucier de leur acné et des Mobylettes. Chaque matin, depuis trois ans, tu penses à cette dent qui a bousillé ton adolescence, et à ses doigts qui ne cessent de se bloquer, et tu songes à la Norvège, à cette fille que tu as invitée à danser sur ce bateau de croisière et qui désirait passer un moment avec toi. Un simple moment que tu lui as donné, sans l’embrasser, car tu ne pouvais pas, à cause de cet accident. Je sais que tu as souffert et que tu souffres encore aujourd’hui en songeant à ça, mais sache que cette fille, tu la garderas en mémoire à jamais ; son visage derrière la vitre du bus, ainsi que ce geste qu’elle te lance. Un moment de bonheur dans une vie tourmentée, un instant qui te permettra de rester éveiller.

Je ne te parlerai pas de ce que l’on sait, tous les deux. De ces secrets inavouables. D’ailleurs pendant longtemps, j’ai cru que c’était à cause d’eux que tu voulais mourir (j’ai du mal à employer le je parfois, je ne me défile pas, je te le jure). J’ai eu tort. Il fallait juste les accepter, ce qu’aujourd’hui j’ai fait. Tu n’as plus aucune inquiétude à te faire sur ce point.

Pour tes études (je sais que tu t’en fous, que tu ne prêtes aucun intérêt aux résultats, mais je te le dis quand même), tu auras ton BEP, et ton BAC Pro avec mention (je dois avouer qu’à ce jour, je m’en fous toujours autant, cependant tu te souviendras de ce coup de téléphone pour t’annoncer les résultats, de ce haussement d’épaules que personne ne verra et de cette pensée qui traversera ton esprit : « je m’en doutais »). Tu iras ensuite à l’IUT, juste parce qu’on te dira que les bacs pro n’y vont pas. D’ailleurs, on te fera sentir que tu n’es pas le bienvenu. Trois bacs Troisro sur 110. Des gars qui pètent plus haut que leur cul, l’amphi en sera blindé. Ton DUT, tu le passeras à Nice, la cité des Anges et des richard.

Dans les couloirs d’université, tu ne te laisseras pas marcher sur les pieds par les filières générales. Tu provoqueras ce prof de compta et tu iras le voir pour lui balancer « Merci de m’avoir planté au devoir surveillé, 20/20, c’est dur quand même ». Il ne répondra pas, car il se souviendra du jour où il avait décidé de te réduire en miettes tout simplement parce que tu venais d’un bac Pro.

Après, tu passeras un entretien dans une grande école de commerce. 12 places à saisir, très convoitées. Sur dossier et entretien. Tu seras pris, mais tu refuseras de t’y rendre, car tu auras à cet instant, ta réponse.

Tu te demandes pourquoi je te dis ça, c’est pour te montrer que tu vaux quelque chose, que tu as une conscience et des valeurs. En ce moment tu crois que tu ne sers à rien, que ta vie n’a aucun sens. Je ne juge pas ton parcours, il deviendra le mien, mais quand tu verras les occasions se présenter pour entrer dans de bonnes écoles, dites « réputées », des chances que tu les refuseras, tu ne sauras pas encore qui tu es vraiment. Des propositions d’embauches vont suivre la plupart de tes stages, deux dans des sociétés reconnues mondialement, des propositions que tu déclineras, pourquoi ? Parce que tu avances en aveugle, sans attache et que tu as cette idée ancrée au plus profond de toi : celle que bientôt les lumières s’éteindront à jamais.

Tu te trompes. Je suis encore là. Je respire. Je suis vivant, donc, toi aussi.

Tu échapperas à la mort et ce qui est certain, c’est que tu n’échapperas pas au travail. Ne regarde pas cette phrase comme si je te traitais de fainéant, tu comprends ce que je veux dire. Tu n’as pas peur de bosser, ce qui t’inquiète c’est de le faire avec d’autres. Car finalement, tu n’accordes et tu n’accorderas, que très peu ta confiance aux gens que tu vas croiser. Pour l’avoir, ils devront montrer patte blanche et encore. T’inquiète, je suis toujours aussi parano à presque quarante balais. C’est ce qui, au final, nous a maintenus en vie.

Bref, pour en revenir au travail, tu partiras sur Paris avec des rêves et tu quitteras cette région sans avoir pu les réaliser. Trop accaparé par les cons qui sévissent dans la banque pour laquelle tu vas travailler, tu verras ta vie se transformer en lambeaux. La déchéance, tu vas la croiser, chez les autres, beaucoup. Chez toi, tu emporteras dans tes bagages des souvenirs neurotoxiques, des images qui te bouffent à l’heure actuelle et qui persisteront à te gangréner l’esprit des années entières. Aujourd’hui, je te rassure, j’ai réglé la plupart de ces problèmes. Paris, tu la quitteras comme on quitte une femme, sans un regard en arrière, et avec des regrets, oui, les seuls regrets dans ta vie, car tu l’aimais (et je l’aime encore) cette putain de ville, car elle n’est en rien responsable de tes rêves brisés. Tu devras t’en prendre à toi, rien qu’à toi. Désolé.

Tu l’as compris, j’ai démissionné de ce poste à la con où j’étais en contact permanent avec les traders, des brasseurs de frics roulant en Z3. L’urgence chez eux portait un nom : ASAP. As soon as possible, aussi tôt que possible, ce qui signifiait dans leur langue : « et vite sinon j’appelle mon supérieur qui… etc… etc… » Des blaireaux. Tu apprendras beaucoup avec eux, jusqu’où le mépris peut aller. Ce Paris là, je n’en ai que faire, je l’abandonne à toutes ces personnes sordides qui croiseront ta route durant ce périple dans le quartier de La Défense.

La seconde raison de ce divorce avec ce boulot est très simple. Tu te souviens quand tu avais neuf ans. Tu as écrit une histoire dans la veine des jeux de rôle dont on est le héros. Tu as dessiné les plans et tu as pensé que tu n’étais pas encore mûre pour écrire. Et bien aujourd’hui, tu écris des livres, pour la jeunesse, pour les plus grands aussi. Tu as quelques textes d’édités sous ton vrai nom, et d’autres sous un pseudo. Ce pseudo, tu vas le découvrir bientôt, il va naître cet été quand tu vas partir aux States. Je t’en dis pas plus, mais tu verras, tout redémarre là-bas, dans la ville de Lexington et quand tu visiteras Chicago.

Et oui mon gars, tu vas réaliser ton rêve, celui que tu as mis entre parenthèses neuf longues années. Mais bon, t’excite pas, c’est pas la panacée. Ce monde (celui de l’édition) n’échappe pas aux règles régissant les comportements de l’homme, il est infesté de requins. Tu en croiseras des deux côtés, éditeurs et auteurs (beaucoup plus de ce côté de la barrière 😉 ç c’est un smiley, le monde en est truffé de nos jours). Tu y perdras quelques  plumes, mais je te fais confiance, tu diras Amen quelques fois, mais ensuite tu prendras tes précautions.

Pour en revenir à tes débuts, tout s’enclenchera lors d’un stage pour Matra, tu n’es pas obligé de lire ce qui va suivre, mais c’est un tellement bon souvenir que je ne peux m’empêcher de te raconter.

Tout a démarré entre midi et deux, tu travaillais sur la programmation d’un autocommutateur et comme tu avais terminé le boulot vitesse grand V, tu t’es planté devant le moniteur de contrôle (un Minitel, d’ailleurs le Minitel n’existe plus aujourd’hui, ils l’ont retiré du service depuis l’an dernier) et tu as commencé à écrire, écrire, écrire, jusqu’à remplir la page. Tu n’avais pas d’imprimante, alors tu as tout repris à la main. C’était le début de ton premier roman « Parallèle », qui est devenu « d’un monde à l’autre ». Seule l’une de tes sœurs et ta femme l’ont lu.

Tu vois, je te surprends encore. Oui, tu es marié. Quant à tes sœurs, elles ne sont plus qu’un funeste souvenir aujourd’hui. Je te dirai rien de plus les concernant, je te laisse vivre ce qu’il s’est passé avec elles, quoi qu’il en soit, elles ne valent pas la peine qu’on s’attarde sur elles. Ça fiche un coup, je sais, toi qui croyais que… Mais bon, là tu vas te rendre au mariage de la plus grande, tu vas te poser des questions, et tu vas espérer. Tu vas déchanter, et pleurer.

Tu es donc marié et tu as deux enfants. On vit dans l’est de la France, loin du bruit qu’occasionne le reste de la famille. Comme je te l’ai indiqué plus haut, des cons tu en verras partout, pas seulement ailleurs (excuse, c’est une private joke, tu la comprendras quand tu seras en 2013 ma poule 😉 )

Sinon, je sais qu’en ce moment, la mort est ton amie. Elle danse dans ton esprit, mais bientôt, tu apprendras qu’il ne sert à rien de te punir à cause des autres. Tu es, paradoxalement, guidé par un espoir incroyable, je crois que c’est ce qui, au final, a manqué de nous effacer de cette Terre. Cette mort, tu vas la personnifier dans tes nouvelles, tu vas réaliser une véritable thérapie en te plongeant dans l’écriture et quand, des années plus tard, tu croiseras le chemin d’un thérapeute, tu auras cette réponse : « Vous avez très bien analysé votre situation. Ce n’est pas vous que je devrais voir au final, mais votre mère ». Oui, ta mère, notre mère. Tu écriras un livre sur votre relation. Tu vas la tuer « littérairement parlant » et tu vas réaliser une chose. Tu comprendras qu’elle n’était, comme toi, qu’une victime. J’aimerais te dire que j’ai des regrets d’avoir perdu tout ce temps pour en arriver à cette conclusion, mais tu le sais, nous avons ce principe de ne jamais rien regretter. Si ce n’est Paris. C’est ainsi.

En 2012, ta vie va exploser en plein vol. Tu voudras mourir à nouveau, tu souhaiteras anéantir tout ton travail, rêver que ta vie s’arrête, mais tes enfants, leurs visages, leurs présences, feront pencher la balance du bon côté. 2012, c’est loin pour toi, alors je te dis simplement : continue de parler à ton père quoi qu’il advienne. Même si tu penses qu’il ne t’écoute pas, profite de sa présence. Car quand le temps fige les pleurs, ils restent à jamais gravés dans le cœur, notre cœur. Pas de besoin de te faire un dessin, je sais que tu as compris.

Je ne vais pas m’attarder plus longtemps, tu en sais déjà trop. Ah oui, une dernière chose, quand tu iras aux States cet été, amuse toi et profite de la vie. Ce voyage va être primordial pour celui que je suis aujourd’hui. Tu y resteras un mois, le plus beau de ta vie d’adolescent.

PS : Ne change pas

Je t’aime ma poule.

John »

IMG_8365 - Copie

Vous pouvez suivre l’actu de John ici : johnsteelwood.longshupublishing.com

Poster un commentaire

Classé dans Projet "Cher moi"

La lettre de Romuald Fallon pour le projet « Cher moi »

Quatrième personne à avoir planché sur la lettre spatio-temporelle, Romuald Fallour aka Krö Muh. Et comme tout bon élève bien discipliné, il passe d’abord par la case bio et biblio :

Je suis né en… 1972 je crois ! Très tôt, les lectures qui m’apparaissaient les plus intéressantes à mes yeux étaient celles qui me faisaient rêver, voyager, construire un imaginaire personnel. Mes premiers romans furent ceux des maîtres de l’aventure, du mystère, et je me revois encore plongé dans un « Voyage au centre de la terre » de l’immense Jules Vernes ou « Un corsaire de quinze ans » de Louis Garneray. Très tôt aussi je découvris la bande dessinée, le plaisir de lecture qu’elle procure, sa richesse, l’originalité de son mode de narration…

Je fréquentai la petite bibliothèque de mon quartier où je trouvais mon bonheur, romans d’aventure, de science-fiction, bandes dessinées (Ric Hochet…). Ce n’est que plus tard, au lycée, que ma rencontre avec la littérature fantastique fut décisive. Elle se déroula en deux temps : le choc des dernières lignes de la nouvelle « La Venus d’Ille » de Prosper Mérimée (la statue a été fondue en cloche) : « (…) il semble qu’un mauvais sort poursuive ceux qui possèdent ce bronze. Depuis que cette cloche sonne à Ille, les vignes ont gelé deux fois « . Dès lors dans mon esprit une certitude résonna avec le même écho de bronze que la cloche de l’histoire : tout était possible, surtout l’impossible et le surnaturel. Puis un deuxième choc eut lieu peu de temps après : un ami, béni soit-il, maudit soit-il !, me mit dans les mains un recueil de nouvelles de Lovecraft. J’étais au bord d’un bouleversement profond. Voilà à présent plus de 20 ans que je lis et relis l’œuvre du Maître de Providence.

C’est également au lycée, durant cette période (hasard ? sombre destinée ?!), que mes premières écoutes d’un certain style musical me firent découvrir un univers de froide beauté, de violence déchaînée, de sensations fortes, sonorisations idéales de mes lectures d’alors ! Dès les premières notes de guitare du titre Battery de l’album culte « Master of puppets », les choses étaient jouées pour moi… C’en était fini, j’étais perdu !!

Depuis d’autres auteurs m’ont accompagné au cours de nuits fiévreuses dans l’exploration de cauchemars et de hantises indicibles : Edgar Allan Poe, Jean Ray, Bram Stoker, Joseph Sheridan Le Fanu, Thomas Owen… Quelques auteurs plus modernes ont également su m’attirer dans leurs pièges vénéneux : James Herbert, Clive Barker…

En même temps je découvris la panoplie infernale de nombreux réalisateurs de films : John Carpenter, Sam Raimi, George Romero, Lucio Fulci…

Mon passage par la faculté de Lettres Modernes, où j’obtins une Licence, me permit de découvrir l’immense richesse, infinie, inépuisable, de la littérature, ou plutôt des littératures, et certains auteurs plus classiques sont et seront toujours à mes yeux des références incontournables, des monuments indispensables à toute vie intellectuelle.

Depuis quinze ans je travaille en bibliothèque municipale et à ce jour je suis responsable des acquisitions BD, DVD, SF, entre autres tâches annexes liés à ce métier auquel je suis venu… par hasard, aussi surprenant cela soit-il !

Mais la vie ne m’a pas pour autant oublié : je vis en couple depuis près de 10 ans et suis père de deux enfants…

En 1998 j’ai publié un roman, La Nuit d’Utopia, aux éditions Asmodée (depuis disparues…), coécrit avec mon ami Stéphane Bertrand. C’est à la base la novelisation d’un jeu de rôle entièrement créé par Stéphane, qui a pour cadre une ville imaginaire, Utopia, dans laquelle d’étranges événements se produisent : la population est peu à peu transformée en créatures nocturnes assoiffées de sang… Oui vous avez sans doute déjà vu ou lu cela quelque part, mais sachez que dans ce roman de 240 pages, le mot « vampire » n’apparaît à aucun moment ! Le livre est toujours disponible sur certains sites de vente en ligne d’ouvrages d’occasion.

« Cher… moi ? Toi ?

Tu te reconnaîtras bien, figure toi que je connais de nombreuses choses à ton sujet. Et pour cause…

Tu es en février 1988… Te (re)voilà au lycée, classe de seconde. Tu as 16 ans. Une époque que tout le monde adore. C’est beau la jeunesse, comme ils disent tous. Insouciance, amis, sorties, fêtes, c’est l’âge d’or, pas le plus beau de la vie (non c’est plus tard à vingt ans, patience, encore quatre à tenir) mais presque… Ah non déjà là tu n’y crois pas ? Mais tu as toute la vie devant toi, te répète-t-on souvent. Oui, c’est justement ça le problème, je sais. Et ce n’est pas fini…

J’hésite entre tout te dire et te laisser venir à moi tel que tu es et seras, et t’en dire le moins possible pour voir si les choses seront différentes. Peut-on vraiment agir sur le présent en intervenant dans le passé ? Même avec une lettre adressée à l’ado que l’on était ? Mais te vois-je vraiment tel que tu étais vraiment ? Ou ne suis-je pas en train de te réinventer ?… Le fait même d’écrire modifie la substance et l’aspect des choses. Pas la peine de s’appeler Philip K. Dick pour le savoir et le démontrer. Oh tu n’en n’es pas encore là, tu lis pas mal mais tu n’as pas encore écrit un seul texte personnel, une seule création littéraire. Ça viendra plus tard. Voilà, j’en dis trop, ou pas assez, bon il me faut te raconter ces choses alors. Pour te rassurer ou t’inquiéter, t’emprisonner ou te libérer.

De toute façon tu es déjà bien avancé dans la vie, alors pas la peine de se leurrer, de se raconter des mensonges. L’enfance, elle traîne derrière toi en longue agonie, elle ne veut pas laisser la place, son royaume se désagrège et le roi s’éteint. Le presque jeune adulte est à l’étroit dans le corps de l’enfant. Non ce n’est plus un corps d’enfant. Que tu le veuilles ou non. Il ne te plaît pas ce corps, ni la tête qui va dessus, de toute façon à cet âge qu’est ce qui plaît vraiment ? Ce qui déplaît le moins. Dérange le moins. Des habits que l’on ne remarque pas, une coiffure qui n’attire pas l’attention, un comportement banal, une personnalité facile. Surtout ne pas trop apparaître. Plutôt disparaître ou s’effacer. Dissimuler le trouble, le mal être, l’angoisse derrière un visage poli, commun, passe partout. Vas-y cache toi, je sais où te trouver.

Là, au creux de ces lignes. En profondeur ou en surface.

Bien. Il te reste deux ans pour choisir une orientation professionnelle. Attention on ne plaisante pas avec ça. Déjà premier objectif : le BAC. Et après ? Tiens, une chose au passage parmi tant d’autres, ces deux mots, ils vont souvent revenir : et après ? Oh, après, après… Tu ne seras très certainement pas un scientifique. Qu’à cela ne tienne, il y a d’autres voies. Mal vues ou peu valorisées en cette époque, dommage, il fallait naître quelques décennies avant. Plus que jamais, et je dis vraiment ce que j’aurais aimé entendre alors, concentre toi sur toi, ne te dis pas que si tu ne réussis pas alors c’est foutu, non, sache que souvent j’aimerais revenir en arrière pour être mauvais élève. Échouer pour réussir autrement. À ma façon. Mais à 16 ans on n’a pas cette maturité. Évidemment. En tout cas tu ne l’as pas.

Dès à présent – si je puis dire – quelque chose va se passer. En deux temps. Février 88 ; impossible de dire si tu as déjà lu et étudié en cours La Vénus d’Ile de Mérimée. Parce que là ça va être le déclic. Sans doute celui qui te manquait pour sortir définitivement de ton corps d’enfant pourrissant, et intégrer un nouvel état où tout est possible surtout l’impossible. Tout du moins dans cet extraordinaire espace de liberté qu’est l’imaginaire. Un déclic oui, une autre loi, une autre règle. L’inanimé, l’inerte peut s’animer, prendre vie, aimer, tuer. La loi du surnaturel, du fantastique. Et en deuxième temps : la musique. Elle est déjà importante pour toi mais je peux te dire qu’elle va te devenir vitale, indispensable. Une ressource, cette béquille qui t’aidera à mieux boiter certains jours. Boiter ? Ah oui, ton corps ne sera jamais à la bonne taille, les membres ne trouveront jamais les bonnes proportions. Une maladie ? Non ! Rien de tel. Un corps qui ne t’ira jamais, c’est tout. Sans t’empêcher de vivre.

Tu n’as pas encore rencontré les personnes qui vont constituer le cercle d’amis qui t’entourera encore quand tu fêteras tes 40 ans. Tu en as des copains, des « potes », mais le lycée c’est une gare de triage, après chacun suit sa voie, rares sont les visages qui restent proches. En tout cas pas pour toi. Il faudra attendre un peu pour tisser de vrais liens. Oh pas longtemps, dans les mois qui viennent il y aura déjà quelques approches… Ils seront avec toi de longues soirées autour d’une table à discuter, boire, écouter de la musique ou faire rouler des dés (tu vas bientôt entrer dans le monde fermé et éminemment sympathique des rôlistes !!!), ils viendront parfois te regarder taper sur tes fûts et tes cymbales (rassure-moi, tu fais de la batterie depuis quelques années déjà non ?!), t’accompagneront à des concerts, riront avec toi à des soirées Z…

On est loin de tout ça mon garçon !  Les samedi soir tu ne sors pas ou si peu, tu ne connais pas encore le goût de la bière, tu n’as jamais entendu parler de Lovecraft (et donc bientôt une autre loi, une autre règle, encore un déclic : même la mort peut mourir…), mais tout est si proche finalement…

Oui là à 16 ans tu es sur le seuil ! Tu es devant un inextricable labyrinthe d’issues possibles ; tout est à faire, à vivre, à lire, à écrire, à mourir… Rien n’est gagné, et même pour moi maintenant, c’est pas encore joué… Pour faire court (!) : la vie n’est ni belle ni laide, elle est pleine de découvertes, de surprises, de déceptions, de désillusions, de tristesse, de solitude, de gens formidables, de moments pénibles… Et après ?…

Je me pose la question : si là aujourd’hui à 40 balais je recevais la lettre d’un autre de 80, est- ce que je la lirais ? Est-ce que j’en aurais quelque chose à foutre ? Je ne sais pas. Je préfère ne pas savoir. Peut être comme toi. Alors comme ça rapidos : le BAC c’est dans la poche du premier coup, après c’est la fac de Lettres, ça va vite te gonfler mais tu auras quand même une licence et surtout le bonheur immense de découvrir la richesse des littératures, en même temps plusieurs vies ne suffiraient pas à tout lire, il y aura des moments sombres, solitaires, la plume noircira des feuilles, ça séchera quelques années avant que ça revienne… Bon j’arrête ça ne sert à rien. Non, tu feras ce que tu veux. Comme tu veux. Après tout c’est ta vie.

Dans quelques années, très mal dans ta peau, tu écriras une ballade à la manière de François Villon : je crois que ça commence comme ça (pour paraphraser un autre pendu, Céline) : « Je ne suis ni vivant ni mort/Drôle sort m’a été échu/Partout je cherche le tort/Qui ma condition m’a valu… » Marrant que je me souvienne de ça. Oui tu vas vraiment te demander si tu es en vie ou déjà faisandé, tellement ça va tourner mal dans ta caboche. Tu écriras aussi une nouvelle, « Le mort qui marche », par contre celle-là elle est perdue et je ne me souviens plus de rien.

Le monde des vivants tu vas le connaître. Il est atroce mais il préserve malgré tout de la folie, ou y conduit c’est selon. Il faut faire son choix.

Au bout du mien il y a à présent une vie de père de famille avec femme et deux enfants. Oui je sais je n’aurais jamais cru à ça non plus. Le vivant a fait des petits. Tes lèvres finiront par en trouver d’autres, ça prendra du temps, de la douleur, de l’incompréhension, mais après quelques rares expériences il y aura le moment magique de la naissance (profites-en pour renaître aussi, il faut s’actualiser régulièrement, pour se pérenniser).

Je parlais de Philip K. Dick en début de lettre. Je repense à cette phrase dans Ubik : « Je suis vivant et vous êtes morts ». Finalement, de nous deux, lequel est vivant ? Lequel est mort ? Je ne suis pas sûr de connaître la réponse. On vit sans doute l’un à travers l’autre.

Je t’attends quand même. Quand tu veux. Tu seras toujours le bienvenu.

Parce que ça vaut sans doute le coup malgré tout.

Romu. »

Pour les p’tits curieux, l’actu de Romu est ici : http://lamaisonpresducimetiere.e-monsite.com/

Poster un commentaire

Classé dans Projet "Cher moi"