Archives mensuelles : mars 2013

All you need is love…again

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Second texte de la dernière session de l’atelier d’écriture organisée par le N.E.S.T. et animée par Olivier Chapuis. Et dans celui-ci, il est également question d’amour. Comme toute activité au sein de l’atelier, nous sommes partis de la lecture d’un texte. Dans le cas présent, il s’agit d’un extrait d’une pièce de la dramaturge britannique, Sarah Kane, et dont le titre est « Manque ». Pièce que j’ai vu au Théâtre en bois en compagnie d’Olivier et de quelques camarades de l’atelier. Une pièce assez déconcertante mais qui ne peut laisser indifférent. Quatre personnages parlent, se croisent, se répondent parfois pour mieux s’éloigner ensuite. Quatre personnages qui se parlent à eux-mêmes. Quatre monologues qui, par endroits, se croisent, se heurtent et s’éloignent comme après une étreinte amoureuse furtive. Le texte que nous avons lu et le monologue d’un des quatre protagonistes de la pièce. Une des seules répliques qui soient longues. Une sorte de déclaration d’amour.

Pour cette activité, Olivier nous avait demandé, comme de coutume, de partir du texte de Sarah Kane, et de s’en inspirer pour écrire une déclaration d’amour que ferait Anna ou Ludo. Pour localiser la scène, après le solstice d’été, le 21 juin, Anna et Ludo se retrouvent au milieu de la foule et expriment leur nouvel amour. La particularité du monologue de Sarah Kane est qu’il n’y a aucune ponctuation ou très peu. Il s’agit d’une seule phrase qui s’étire encore et encore mais qui brasse énormément d’images et de sensations à la fois. Une autre contrainte d’écriture était d’insuffler du trivial dans cette déclaration, d’y mettre un peu de folie qui exprimerait la passion de celui qui déclare sa femme. Et nous devions terminer par la phrase « Il faut que ça cesse ». Mon texte a pour titre « Passion exclusive ».

Je veux te serrer tout contre moi lorsque les autres hommes te dévisagent et te mâchouiller une mèche de cheveux et te mettre le doigt dans l’œil rien que pour pouvoir te câliner et prendre ces mêmes hommes en témoin lorsque je tomberai à tes genoux, transpercé par ta beauté et danser, danser et danser jusqu’à ce que tu vomisses sur ta robe neuve et hors de prix que tu t’aies offerte parce que tu pensais que je ne t’aimais plus et te regarder t’excuser alors que tout est de ma faute et t’embrasser sur le front, les yeux, les joues et les lèvres et avoir le goût de ton vomi dans la bouche et ne pas en être dégoûté car c’est le tien et observer les étoiles alors que la nuit est brûlante et sentir sous mes doigts ton corps consumé par le désir et t’étreindre avec force au milieu de la foule et te quitter un instant pour te rapporter un rafraîchissement et ne plus te retrouver dans cette marée humaine et avoir le cœur qui pèle et s’écaille alors que ton visage disparaît de ma mémoire et t’apercevoir au loin, discutant avec un inconnu et t’arracher à lui comme on arrache une dent et te faire t’éloigner pendant que je lui casse la tête et s’enfuir loin de tout, loin du monde et ne plus pouvoir dire un seul mot tant cela pourrait être superflu et vouloir te dévorer le cœur pour te contenir toujours en moi et t’enlacer avec amour pour élever une barrière et n’être plus que tous les deux et saisir tes poignets et te dire à quel point je les trouve minuscules et te faire ouvrir la bouche pour y compter ce que j’y vois et me rendre compte que je ne te connaissais pas lorsque tes dents de lait sont tombées et penser à tout ce temps où j’ai vécu sans toi et te demander le prénom de ton premier amour et apprendre enfin à te connaître, moi, qui en fin de compte te connais si mal et t’observer pendant que tu te ronges les ongles et garder les rognures dans ma poche comme tes trophées ou des amulettes et boire tes larmes qui coulent de tes yeux humides et te dire « je t’aime » pour la toute première fois et ne plus pouvoir vivre sans toi car vivre sans toi serait mourir à petit feu et n’être plus que douleur et… Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse…

Après avoir lu mon texte aux autres participants de l’atelier, l’idée directrice qui en est ressortie était la jalousie. Mon texte est emprunt d’une jalousie quasi-maladive. Et pendant que j’écrivais, ce n’était pas dans ce sens que j’allais. Curieux comme parfois notre cœur glisse jusqu’à notre plume. Allez, à bientôt les p’tits lapins 🙂

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All you need is love

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Cette troisième et dernière session au sein de l’atelier d’écriture s’est ouverte sur la lecture d’un texte de René de Obaldia intitulé « Douleur quantitative » dont je vous propose un extrait ici :

« Tant de portes à ouvrir, à fermer. Tant de lits à faire, à défaire. Tant d’escaliers à monter, à descendre. Tant de vaisselles à laver, à essuyer. Tant de linge à blanchir, à noircir. Tant de poignées de mains à distribuer. Tant de lettres à écrire. Tant de paroles à prononcer. Tant de bibis à bébés et de bébés à bobos. Tant de dadas au dodo et de dodos à dada. Tant de tout et si peu de quelque chose. Tant de choses et si peu de quelque tout. Tant de tant et si peu de si peu qu’il y a là de quoi décourager le meilleur, de quoi aller planter sa tente dans le désert. 

Mais tant et tant de grains de sable… »

La première activité consistait à s’inspirer de la manière de procéder de Obaldia et essayer d’insuffler le même élan au cœur du spectacle « Rivière Song » pour ainsi dresser la liste des douleurs des deux protagonistes : Anna et Ludo. Alors qu’Obaldia s’appuie sur des gestes du quotidien, nous devions, nous, auteurs, tenter de décrire des scènes de la vie quotidienne des deux personnages, dans leur vie à eux, au sein de leur couple.

Dans un second temps, il fallait essayer de contrebalancer tout ça, et voir les choses d’un côté plus optimiste et donc donner au texte une sorte de crescendo : allant du négatif vers le positif. Une bifurcation radical dans la narration instauré par la locution « Mais tant et tant… »

Je vous propose ici ma version de l’exercice :

« Elle »

 Tant de réveils dans notre grand lit froid où ton absence se fait sentir. Tant de cafés pris, seule, dans cette cuisine silencieuse. Tant de matinées passées dans le parc où tu ne m’accompagnes plus. Tant de clichés pris fugacement où tu n’apparais plus. Tant de coups de téléphone qui ne me parviennent pas et dont tu ne t’excuses même plus.

Mais tant et tant de ton odeur que qui flotte dans l’appartement et qui m’enivre à chaque inspiration. Tant de désordre que tu laisses dans ton sillage, de dossiers que tu oublies sur la table du salon et qui me ramènent toujours à toi. Tant de lieux où je déambule et que ton spectre hante encore. Tant de couples maladroits aperçus dans la rue et qui me rappellent nos premiers émois. Tant de moi en toi et de toi en moi et même si tu ne le vois plus.

« Lui »

 Tant de diners où je te traîne et auquel je m’ennuie. Tant de vacances planifiées à l’avance où je n’ai déjà plus envie d’aller. Tant d’allers et retours dans ces endroits où tu me traînes et qui ne me font aucune envie. Tant d’épices que tu mets dans des plats que je ne goûte qu’à moitié. Tant de fois où je songe que des enfants seraient de trop entre nous.

Mais tant et tant de sourires que tu m’adresses et qui m’étreignent le cœur. Tant de mots laissés sur le frigidaire et que tu ornes de petites dessins rigolos. Tant de baisers que tu déposes sur le miroir de la salle de bains et qui apparaissent lorsque j’ouvre le robinet d’eau chaude. Tant de femmes que je côtoie tous les jours et qui ne peuvent se mesurer à toi. Tant de toi dans ce monde dont je mesure toute la splendeur.

Le prochain post sera, lui aussi, emprunt d’amour…

A bientôt, les p’tits lapins 🙂

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Publication et Salon du Livre

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Je suis revenu du Salon du Livre de Paris avec mon exemplaire auteur de « Instants » et des images pleins la tête. Un autre de mes textes a été publié dans une anthologie, cette fois réalisée dans le cadre du Master Édition de l’université de Paris IV-Sorbonne.

À l’origine de ce texte, il y a mon épouse qui a trouvé sur internet un appel à texte dont le thème était l’instant. Trouver un AT est une chose, y répondre en est une autre. Je me suis torturé pendant des semaines avant de savoir ce que j’allais bien pouvoir raconter. Et puis, comme toutes les bonnes idées, elle s’est imposée à moi, comme une évidence. Le souci était de coller au thème. Trouver un instant sans le faire durer. Ou bien le rendre élastique dans la durée mais tout en le rendant bref dans son essence. Un casse-tête quoi ! Et cinq versions plus tard, le voilà dans ce très joli livre tout carré et à la couverture brillante. Un vrai petit bijou. Et puis, tenir un livre où figure son nom à l’intérieur, c’est une sensation bizarre, étrange, presque surréaliste. Les auteurs édités savent de quoi je parle.

J’ai pu enfin rencontrer toute l’équipe du Projet Instart et les remercier, en personne, pour l’immense travail qu’ils ont accomplis et le sérieux avec lequel ils ont menés leur projet à bien ; ce qui est parfois extrêmement complexe. J’ai également fait la connaissance de Corinne Gatel-Chol, de Lanael Logan – qui est venue me voir spécialement pendant ma dédicace, ce qui m’a fait très plaisir –  et aussi de la sémillante, pétillante et allumée Pénélope Labruyère : la tôlière des Éditions de La Madolière.

Je dois avouer que je suis reparti un peu tôt de Paris. J’aurais aimé voir Nicolas Rey au stand Du Diable Vauvert. Et Ayerdhal aussi. Mais faut la faire la route de ma Moselle natale jusqu’à la capitale. Et en une seule journée en plus. Donc, j’espère faire un saut au Salon du Livre de Paris l’année prochaine, mais en planifiant tout un week-end et pas une simple journée. Car c’est trop court, beaucoup trop court.

C’est drôle tout de même, de fouler la moquette rouge du Salon du Livre et d’avoir la sensation d’être… chez soi 🙂

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Oh, tiens une péniche !

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Nouveau texte tiré de l’atelier d’écriture où Olivier nous a demandé de prendre le point de vue d’Anna et Ludo – les deux personnages de « Rivière Song » – et d’écrire deux textes en rapports avec chacun. Le premier étant une bénédiction et le second une imprécation. Les caractères très opposés des deux personnages s’y prêtent assez bien. Mais comme l’exercice lui semblait trop simple, Olivier a eu l’idée de faire intervenir les fameuses péniches qui circulent sur le Moselle ; que notre camarade Pierre Stolze, auteur de science-fiction mais pas seulement, a compilé durant des semaines du haut de son appartement. Des péniches qui ont souvent des noms assez étranges : prénom féminin, mots en latins, noms de planète etc.

Pour recadrer le tout, ce texte survient donc à l’arrivée d’Anna et Ludo en Moselle. Lui ne supporte plus ce qu’il voit tandis qu’Anna est émerveillée par ce qu’elle découvre . Comme à mon habitude, j’ai versé dans l’imaginaire.

Ode aux étoiles (Anna)

« Ô toi, Galactica, navire à la coque brillante qui vogue sur la Moselle, puisses-tu t’arracher à l’attraction terrestre et emprunter la voie des cieux. Que ton voyage parmi les étoiles te conduisent jusqu’à Carpathia, Aspasia et Caricia, tes sœurs cosmiques. Et qu’ensemble, vous partiez en quête de Mira Quattro, celle qui garde en son sein le feu du cosmos. Mes prières vont à l’univers. J’appelle de tous mes vœux ces carcasses de métal en perdition autour de la Terre. Qu’elles aussi se joignent au grand ballet et que Masora et Matthiola, les accompagnent dans leur course folle. Que Tyda-Kyra, la bienveillante, vous ait en sa sainte garde et que Luma, l’éclatante, vous éclaire de ses rayons bienfaiteurs. Lorsque le feu sacré retournera enfin sur Terre, il embrasera le ciel et la mer. Et c’est à cet instant, dans cette épiphanie galactique, que le jour brillera de nouveau et que les oubliés afflueront. Ô vous, Jabo, Keno et Libero, faites retentir votre voix par-delà l’écluse comme si du ciel on sonnait l’angélus. »

Courroux de métal (Ludo)

 « Je fais fi du passé et jette le discrédit sur cette contrée. Maudis sois-tu, Curata, toi qui apportes les badauds et les estivants. Puisses-tu t’ouvrir en deux et avaler ces fous dans ta gueule métallique. J’appelle aux forces impies de ce monde ! J’appelle Navata, la fourbe, qui couve sous les flots, navire carnassier prêt à mordre. Que la peste et la tourmente s’abattent sur Fidus, Vector et Victus, vous les nids à touristes, vous les coques rutilantes qui paradaient au beau jour. Que vos passagers se jettent dans le fleuve et sombrent dans les eaux vaseuses, leurs âmes damnées pour l’éternité. Que la malédiction émerge des flots et que reviennent les légions maléfiques des cercles infernaux. Qu’apparaissent Phocea, Maasvellei et Novamente. Que leurs longues tentacules de fer rouillé s’abattent sur les rives, qu’elles arrachent et détruisent cette beauté abjecte que l’on me crache au visage. Patience mes doux agneaux. Craignez le retour du démon mécanique, de la divinité démonique. Craignez la venue de Sipisto à la robe souillée et à la sirène éraillée. Et si son courroux venait à vous épargner, sachez que Sulamaro se tapit sous la surface et que sa hargne et sa fureur n’ont aucun égal. »

Les autres textes arrivent. Il m’en reste deux encore à mettre en ligne avant de taper les autres. Donc, patience les p’tits lapins 🙂

Et merci Sylvain de lire si assidûment les pages de mon blog ^^.

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Ci-gît l’homme de fer

L'Homme de fer

Alors que je reviens du Salon du Livre de Paris 2013, j’enchaîne directement sur la dernière session de l’atelier d’écriture théâtral. Nous avons également écrit beaucoup de textes durant ce week-end, mais il me semble que je ne vous avais pas fait totalement part des textes de la session précédente. Et je vais corriger cette erreur tout de suite.

Toujours pour tenter de coller au spectacle « Rivière Song », l’activité choisie par Olivier consistait à faire parler un lieu ou un évènement lié(e) à la Lorraine. Le lieu ou l’évènement parle à l’un des protagonistes du spectacle, à savoir Anna, qui est photographe mais possède aussi des talents de médium. Comment ne pas glisser dans l’imaginaire, le fantastique ? Avec cet atelier, je me suis rendu compte que deux facettes coexistent en moi : une qui se rattache au quotidien, à ces petites choses disséminées tous les jours, ces moments volés à notre vie et de l’autre il y a cette vision fantasmagorique, cet élan imaginatif qui me cueille et m’emporte avec lui sans que je puisse le retenir.

Étant petit fils de mineurs, il m’était impossible de ne pas évoquer ce passé lié à l’extraction du minerait ; qu’il soit de fer ou de charbon. Et j’ai eu l’idée d’une sorte de créature… Ma foi, lisez-le vous-même. L’activité a pour titre : Les fantômes d’Anna.

« Ci-gît l’homme de fer qui a toujours préféré la fraîcheur du sous-sol. Vois comme je suis dur et froid. Vois les cratères et les crevasses qui constellent et meurtrissent mon corps tout entier. Je suis ce qui aurait dû rester sous terre mais qui a été mis au jour par profit.
Ci-gît l’homme de fer qui a toujours préféré la fraîcheur du sous-sol. Vois comme la folie cupide des Hommes a changé le paysage, l’a marqué, stigmatisé pour toujours. Je suis la voix de tous ceux qui ont disparus dans ces galeries, ces boyaux rocailleux creusés dans le cœur du monde.
Ci-gît l’homme de fer qui a toujours préféré la fraîcheur du sous-sol. Vois comme le minerai a enrichit les notables et a contribué à amoindrir, à user les braves gens jusqu’à l’os. Je suis la mort qui rôde lorsque les richesses s’en sont allées, lorsque l’espoir d’un jour nouveau s’est flétri.
Ci-gît l’homme de fer qui a toujours préféré la fraîcheur du sous-sol. Vois par mes yeux car eux seuls connaissent la vérité. Je suis le témoin d’une ère révolue que l’avenir oubliera bien vite lorsque les monuments souvenirs seront érigés en masse, dénaturant encore davantage cette région suppliciée.
Ci-gît l’homme de fer qui a toujours préféré la fraîcheur du sous-sol. Vois comme ton regard porte loin. Vois comme il perce les voiles de l’ignorance que tous ici arborent pour tenter de m’oublier, moi ! Car contrairement aux vivants, les morts ont de la mémoire.
Ci-gît l’homme de fer qui aurait préféré qu’on le laisse sous terre. »

Pour corser un peu l’exercice, Olivier nous avait demandé de conclure notre texte par une sorte d’épitaphe. Pour bien faire comprendre au lecteur – ou au futur spectateur du spectacle – que c’est un spectre qui s’adresse à Anne. Pour ma part, cette épitaphe est devenu un motif que j’ai répété tout au long du texte comme pour ponctuer chaque nouvelle phrase, chaque nouvelle tirade de cette créature en pierre.

Les autres textes vont suivre. Juste le temps de les mettre en ordre. À plus tard les p’tits lapins 🙂

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La lettre de Leo Codh pour le projet « Cher moi »

Je pensais devoir arrêté momentanément le projet « Cher moi », faute de nouvelles contributions, et Leo m’a fait le plaisir de m’envoyer sa lettre. Enfin de s’envoyer sa lettre à elle-même et de la déposer sur mon blog par la même occasion je veux dire. Mais avant toute chose une petite présentation s’impose :

Leo Codh, 23 ans, diplômée de cinéma d’animation, s’acharne depuis ses 13 ans à inventer des histoires. Parcours scolaire sans failles, ennui mortel qui en découle, fait des photos et écrit des scénarios pour passer le temps, tout en préparant le concours de l’Ecole de la Cité.

Auteure à temps partiel, a publié deux nouvelles sur internet :
« Moon » et « Consume », pour le webzine Ymaginères.

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« Hey you.

 Chez toi, nous sommes en 2006. Tu as seize ans. Tu habites dans cette maison sans âme dans une bourgade pourrie où il n’y a même pas de bus. Ta mère a soudainement décidé que ta chambre serait meublée dans les tons orange, et tu as l’impression de vivre dans une grosse citrouille.
Tu vis dans cette maison, avec ta mère, ta sœur qui doit avoir huit ans à l’époque, l’espèce de petit enf**ré qui te sert de beau-père, et le chien dont personne ne s’occupe, et qui prend des roustes quotidiennes de la part de l’enfoiré sus-cité.
Toi, tu es en année de première littéraire. Tu roupilles confortablement en cours avec le Fiston, tu as rencontré le Batteur, et Jeremy est toujours ton meilleur ami. Le lycée est ta vie. Tu y passes tout ton temps. Tu lis pas mal, tu as découvert les joies d’internet. Et tu as commencé à écrire.
Peut-être même que tu as fini d’écrire l’histoire de Jackie et Jude. Ta première histoire. Tu en es fière. Tu as raison. C’est une belle histoire. Bien d’autres viendront.
Tu commences à te douter que ta vie, ce sera ça. Créer des histoires.
Tu es une passionnée de cinéma, et de cinéma d’animation. Combien de fois est-ce que tu as vu Gladiator ? Est-ce que tu te pâmes toujours devant les effets spéciaux de la Weta pour le Seigneur des Anneaux ?
Rassure-toi, à l’âge que j’ai, je n’ai toujours pas fini de me pâmer.

Je suis toi.
Je suis ton toi du futur.
Ce n’est pas grand chose, tu sais, en terme de futur. Je n’ai que vingt-trois ans. Mais le chemin parcouru de toi à moi est immense. Je te regarde, enroulée dans ton grand manteau noir que tu aimes plus que tout, avec tes hautes bottes à talon, ton maquillage noir, tes ongles noirs, tes vêtements noirs, et ta mère qui soupire en te disant que ce n’est qu’une passade. Tu ne travailles pas en classe parce que tu n’en as pas besoin, et ton arrogance à ce sujet est à la hauteur de ton envie de vomir quand tu entres en classe. Tu ne manges plus. Tu as perdu trop de poids. Tu hésites chaque jour entre ton envie de te foutre en l’air de manière rapide et violente et un futur que tu imagines, dans lequel tu racontes plein d’histoires, dans lequel tu fais du cinéma.
Tu dessines aussi. C’est pas grand chose. C’est moche. Mais tu t’acharnes.
Je te regarde et tu ne me fais pas de la peine. Parce que tu es forte. Parce que tu vis au milieu du carnage créé par un fou qui vit dans ta maison, parce que ta propre famille a coupé les liens avec toi, mais que tu tiens. Tu es forte. Il n’y a pas de marques sur ta peau. Tu n’essaies pas de te détruire. Tu vis. Tu es ce que je suis, tu es ce que je vais devenir.
Un corbeau. Un animal qui survit, dans n’importe quelle situation. Sous n’importe quel climat. Même sans nourriture. Tu es une survivante.

Je sais que tu te détestes. Que tu hais passionnément ton corps.
Mais que tu aimes plus que tout tes fringues.
Ça durera longtemps. Mais, je vais te dire un secret. Ce n’est pas qu’une passade. Tout ce que tu as eus envie de faire, tu le feras. Tu ressembleras à ce que tu veux. Si tu me voyais. Oui, je me suis rasé les cheveux. Oui, j’ai les cheveux rouges. Plus rouges que ceux de ta mère. Des piercings? Pas mal, oui. Des tatouages? Si tu savais… Tu réaliseras un jour que tu t’appartiens.
Cette peur sordide au creux de ton ventre, cette peur qui appelle la Mort. Elle sera longtemps ton cauchemar. Jusqu’à ce que tu la regardes en face. Que tu te regardes.

Bientôt, tu vas crever.
C’est du moins l’impression que tu auras. Et ça ne va pas passer loin.
L’année prochaine, ton cœur va lâcher de trop de pression. Tu n’en pourras plus de cette vie à naviguer entre le lycée, ta chambre ravagée par tes parents, et le grand fauteuil rouge où tu les écoutes crier, tous les soirs. Tu n’en pourras plus d’entendre ta mère te dire qu’elle a honte de toi, et que tu es une p**ain.
Tu vas tomber amoureuse, il sera trop compliqué, tu vas le quitter, et ça te tuera.
Une partie de toi sera morte pendant six ans.
Tu vas souffrir. Mais tu vas survivre.
C’est comme ça et ça ne sert à rien de s’apitoyer.

Je sais quel sont tes vœux les plus cher.
Que le beau père s’en aille, que tu fasses du cinéma, que tu aies ton propre endroit pour vivre, et ta propre famille. Le beau père s’en ira. Réjouis-toi. Tu vivras avec l’envie de l’éventrer en place publique, ou plus sobrement, de l’humilier, mais il va s’en aller. Faire du cinéma… On y travaille, mais ça avance.
Quand à l’endroit à soi, à la famille… Ca se passe pas mal. D’années en années, ça va aller. Rassure-toi. Tu t’en rapproches. Tu seras libre. Tu te souviens du « carve your name into my arm »? Tu choisiras de te faire graver « liberté ». Et ça marchera assez bien. Quand à l’amour… S’il te plait, crois-y. Même quand tu cesseras d’aimer. Parce que tu cesseras. Quand le Poète sera sorti de ta vie, tu n’aimeras plus. Les frissons dans le ventre, l’attente. La joie de revoir celui qui fait battre ton cœur. Tu te laisseras piétiner par des hommes que tu n’aimeras pas, parce que tu as déjà aimé trop fort, petite co**e amoureuse que tu es. Qui donne trop tôt, trop vite, et sans honte.
Mais je t’en prie, crois-y. parce qu’un jour, les choses changeront. Les choses changeront, et tu ne verras plus Poète comme le grand amour de ta vie.

Ne t’apitoie pas. Cesse de pleurer. Arrête de te lamenter sur toi-même. Tu es seule, mais c’est dans cette solitude que tu te construiras. Dans cette solitude que tu construiras tes histoires et tes projets. Il faut que tu travailles et que tu ne cesses jamais. Tu es solide. Et jette-moi cette arrogance. Elle ne te va pas. Je sais, tu es entourée d’idiots. Et ça ne changera pas. Tu seras jugée, on te crachera dessus. Ta mère ne sera pas la seule à te traiter de p**ain. On te traitera de p**ain toute ta vie. C’est comme ça. Ça ne sert à rien de te regarder le nombril en faisant du pathos.
Tu as mieux à faire.
Crois-moi.

Mon petit moi-même.
Après sept ans, je peux te dire maintenant que je t’aime. Et que tu mérites qu’on t’aime. N’en doute pas. Sois gentille avec toi-même comme tu l’es avec les personnages de tes histoires. Tu es belle. Tu es grande et forte. Sois courageuse. Je te promets, je te jure, que tu pourras bientôt respirer. A grandes goulées. La vie ici n’est pas très facile, je sais. Avec la furry family on n’a pas trop d’argent, et on s’en sort comme on peut, mais on n’est pas seuls, et ça va aller. On est libre. De faire ce qu’on veut. Cette pensée me donne le vertige.
Petit moi-même, je te dis à bientôt.
Ne t’oublie pas en route.

Leo QueenofBones Codh, from Bones Land. »

maintenant

Vous pouvez suivre son actualité ici : http://imthequeenofbones.blogspot.fr/

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La lettre de Lilian Peschet pour le projet « Cher moi »

Certains d’entre vous pourront croire que j’ai créé ce projet rien que pour avoir sa participation. Ma foi, je suis démasqué. Mais ce fut long. Extrêmement long. Il est le premier à qui j’ai proposé le « bébé » et qui l’a refusé d’un revers de main. Le bougre. Mais grâce au concours de Julien Morgan, c’est aujourd’hui chose faite et j’en suis très fier. Bon, il a un peu de mal pour jongler avec toutes ces personnalités. Il dévoile l’une d’elle ici. Suivez-moi !

Je suis Lilian Peschet (à cet anglicisme, tremble, toi qui kiffes le français).
Je n’existe pas.
Je suis un alias. Comme Sidney, mais en mec et sans cheveux.
Et j’ai une culture de merde.

Je ne te dirai rien de ma vraie vie, j’en ai suffisamment balancé dans la lettre. Sache juste que je suis un auteur à temps partiel.
J’ai commis ça :
« L’origine des automates de combat », in Les robots sont-ils vraiment nos amis ? Éditions Voy’El, 2012.
« Les frangins du 77 », in Morts Dents Lames, aux éditions La Madolière.

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« Ouech gros,

Contrairement aux apparences, nous sommes en 2013, et je parle encore ta langue (enfin je la connais, aujourd’hui, plus personne dit ça… sauf peut-être des vieux rappeurs analphabètes).

Je suis ton père !

Non je déconne. Je suis toi. Enfin, ton futur toi.

Paraît que quand cette lettre te parviendra t’auras 16 piges. 16 piges… C’était quand déjà ? Fin collège ? Début lycée ? Qu’importe, comme tu peux le voir, mon/ton/notre problème de mémoire n’est toujours pas réglé. Les psychologues que tu consulteras seront formels, ça ne reviendra pas. Bon, c’est pas comme si c’était handicapant, Dory a bien fait carrière (un jour tu comprendras cette référence de merde).

Pour le moment, quand je rouvre mes dossiers, ta vie se résume à pas grand-chose :

– ton père est mort depuis 8 ans,

– ta mère est atteinte d’une maladie dégénérative qui la rend agressive, elle te hait, et elle se barre tous les week-ends pour retrouver son mec à l’autre bout de la France, te laissant seul avec ta frangine.

– ta frangine te regarde tous les week-ends pour savoir ce que vous allez manger, et toi, comme t’as pas un rond, t’en sais rien.

J’ai bon ? Si c’est ça, continue à ouvrir les volets, ça empêchera la DASS d’intervenir, mais arrête d’acheter des trucs de gosse à bouffer : les pizzas et les buns, ça craint.

Bon, je te rassure de suite, ça va s’arranger.

Non je déconne.

T’en as pris pour 15 ans de chute libre. Je te passe les détails, faut conserver une dose de suspens, note juste qu’à la fin, tu auras le choix entre rebondir, ou pas. Si tu choisis de t’arrêter là, je n’existerai jamais. Cette lettre s’effacerait et tu ne pourrais plus imaginer combien je/tu es devenu beau, maigre, attirant, drôle et intelligent en vieillissant. Ce serait con (si je t’ai pas convaincu là, c’est que tu es encore plus abruti que dans mon pas-souvenir).

Note aussi que le jour où ton pote te proposera un jeu de rôle, tu devras foncer. Ça te changera. Ça aura un effet domino. De là viendra l’évasion, l’écriture, les groupies et le sexe. Merde, j’en ai trop dit. Bref, une vraie raison de survivre. Tout ce qui va t’arriver, tu l’encaisseras si tu écris. Et tu vas tellement en prendre, que tu vas devenir bon (en toute modestie hein, tu as reçu le prix Goncourt cette année).

Tu fileras même des conseils à des gamins qui suivront le même chemin. Je sais, donner des leçons ça craint, mais tu verras, tu kifferas. Tu te tâteras même à passer le concours de l’éducation nationale. Et ouais mec : prof. C’te honte !

Le reste est un peu naze : t’auras un taff alimentaire, un truc de bureau, tu verras, suicidaire à souhait, tu fantasmeras sur un mec qui fantasmera sur les licornes, ouais je sais, et… Je ne t’en dis pas plus. Faudrait pas que tu vendanges ton futur (car vendanger, c’est bien ta spécialité).

Je te promets juste qu’au bout du tunnel, y a un bout justement. Et ce bout, tu l’auras bien mérité. Mais dépose jamais les armes. La route tourne…

TchuB le gros.

Ps : au fait je te le dis parce que ça m’a appris beaucoup de truc : paraît qu’on a des origines Belges, Allemandes et Normandes. Un vrai merdier. Je t’en parlerai plus tard. »

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De son propre aveu, ce fou sévit là aussi : http://ianian.org

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