La lettre de Jean-Basile Boutak pour le projet « Cher moi »

Le projet « Cher moi » reprend un peu de service. C’est après avoir posté une chronique d’un roman de Martin Page sur mon blog que Jean-Basile Boutak est venu à ma rencontre et m’a proposé sa contribution, dont je le remercie chaleureusement. Les lettres s’amoncèlent et gageons que les services postaux feront bien leur travail. En attendant, on ne déroge pas à la règle : on passe par la case « Bio & Biblio ».

BIO

Bien qu’il se soit raconté des histoires très tôt, c’est à l’adolescence, suite à la lecture de San Antonio et de son alter ego Frédéric Dard, que Jean-Basile Boutak se frotte modestement à l’écriture. D’autres grands écrivains l’influenceront : James Ellroy, Isaac Asimov, Didier Decoin ou encore Raymond Chandler, la liste n’étant jamais définitive. Il apprécie chez eux la simplicité et l’efficacité de l’écriture, et tente de s’en inspirer.

Petit à petit, lisant et décortiquant, il fait son apprentissage.

De novembre 2011 à octobre 2012, il dirige la collection « Noir c’est noir » des Éditions Numériklivres. Il participe à l’accouchement de plusieurs textes, notamment Un Été de singe puis Fin de route de Jean-Louis Michel, et Haïku d’Éric Calatraba.

Né en 1980, il est auvergnat et fier de l’être. Il aime aussi beaucoup la Charente-Maritime, qui lui procure force et inspiration.

BIBLIOGRAPHIE

Le père Noël ne meurt jamais
, avec Jean-Marie Apostolidès, Les Éditions de Londres, 2013.

Historietas – Les yeux de Fatalitas, avec Hervé Fuchs, Thomas Galley, Jean-Basile Boutak, Rachid Santaki, Éric Neyrinck, Jean-Louis Michel, Florence Döring, Sylvain Kornowski, Chris Simon, Vincent Bernard, Les Éditions Edicool, 2012.

À noter également une participation au recueil 50 micronouvelles de Thierry Crouzet, avec 49 autres auteurs : Lilas Seewald (Préfacier), Thierry Crouzet, Yal Ayerdhal, Nicolas Ancion, François Bon, Ludo Sterman, Stéphane Michaka, Sara Doke, Norman Spinrad, Joelle Wintrebert, Bernard Alteyrac, Brigitte Allègre, Brigitte Celerier, Claude Ecken, David Daurat, Dominique Hasselmann, Francis Zamponi, Helene Dassavray, Henry Eynard, Henri Lehalle, Isabelle Delannoy, Jean-Claude Dunyach, Jean-Michel Le Blanc, Jean-Yves Frechette, Jérôme Picot, Jim Delarge, Juliette Mézenc, Larry Fondation, Laurent Margantin, Lemon A, Lilian Bathelot, Lucien Suel, Magali Duru, Margot Marguerite, Marie-Laure De Noray-Dardenne, Marie Vindy, Maud Saintin, Michel Pagel, Nicolas Le Golvan, Pascale Ferroul, Paul Cabine, Pierre Hanot, Rémi Hamonet, Seb Musser, Serge Lehman, Stéphane Laborde, Ulysse Terrasson

 15ans

« Cher moi,

Je suis toi, et j’ai exactement le double de ton âge. Je t’écris du futur, du tien pour être précis.Je t’écris, car on m’en offre l’opportunité, mais je ne suis pas sûr que cette lettre te parvienne un jour. D’ailleurs, je ne suis pas certain que ce soit souhaitable. Je pourrais te décrire par le menu ce que seront les seize prochaines années de ta vie, mais je ne le désire pas. L’homme que tu es aujourd’hui – mon aujourd’hui – est la somme de tes réussites et de tes erreurs. Si je t’en dis trop, tu seras sans doute tenté d’intervenir dans le déroulement des choses, et notre futur ne serait plus le même. Et de deux choses l’une : d’une part un tien vaut mieux que deux tu l’auras, et si la personne que tu es à trente-deux ans n’est pas parfaite, elle pourrait être nettement pire ; et d’autre part, je risquerais ainsi de ne plus exister, et même si j’ai plus souvent qu’à mon tour des idées noires, je crois que la vie mérite d’être vécue jusqu’au bout, et au moins jusqu’à maintenant. Sinon, je ne serais plus là pour te l’écrire.

Si tout se passe bien, tu auras (ou avais, suivant où le regard se porte) seize ans et toutes tes dents quand tu vas lire cette lettre. Tu es à une époque de ta vie où tu souffres sans t’en apercevoir. Le divorce de papa-maman est encore frais, et tu as beau faire le fier, ça te touche plus profondément que tu ne le penses. Non pas que tu aurais préféré vivre au milieu de parents qui se disputent sans cesse, mais tu prends en pleine face les faiblesses de deux grandes personnes, alors que tu tentes de te construire comme adulte. Mais cela fera ta sensibilité, à fleur de peau sous des allures de marbre.

Depuis que tu inventais des récits policiers sur la machine à écrire de ta sœur alors que tu n’avais pas huit ans, tu sais que tu veux raconter des histoires. Ne dis pas le contraire ; je suis au courant, et cela te prouve d’ailleurs que je suis bien toi. Bientôt, tu parviendras à achever ton premier texte, inspiré par l’amour « impossible » que tu ressens pour une fille. Malheureusement, tu n’es pas encore écrivain à l’heure où je te parle, mais comme le laisse deviner l’adverbe « encore », j’ai en revanche acquis la conviction que ce n’est qu’une question de temps (mais qui se compte en années à mon avis). Il te reste du chemin à parcourir avant de saisir ce que je veux dire, et si je peux te donner un conseil – je ne crois pas que cela change quelque chose d’essentiel à notre avenir – : lis, lis, lis. Tu n’as pas idée à quel point c’est important, tu ne le comprendras sans doute pas plus tôt que tu ne le dois, mais tu seras un peu plus prêt. Lis ce dont tu as envie, sans forcer tes goûts ni t’inquiéter de ce que pensent les autres. Consomme de la fiction sous toutes ses formes : livres, cinéma et séries TV. Ne te bride pas.

J’ai évoqué le sexe faible (qui n’a de faible que le nom). Aime sincèrement celles qui feront battre ton cœur. De celles qui le feront souffrir – aucune ne le fera méchamment – garde le meilleur et une place pour elles dans celui-ci. Ce que je te dis là devrait te rassurer en filigrane sur deux points : tu ne resteras pas puceau éternellement et tu vas connaître l’Amour. Le second est bien entendu plus important, mais je sais que le premier turlupine l’ado titillé par ses hormones que tu es.

Je pourrais aussi te dresser la liste noire des personnes à éviter, mais encore une fois, les voyages forment la jeunesse. Des cons, il y en a sur la route tous les cent mètres. Tu auras de toute manière une tendance constante à retenir le positif de tes expériences et des rencontres. Je le sais, c’est dans ta nature profonde.

Voilà. J’imagine que tu dois être un peu déçu. Tu te dis peut-être que l’âge ne t’a pas arrangé pour gâcher une occasion comme celle-ci. J’ai pourtant l’impression de t’avoir livré mes découvertes les plus importantes de ces seize dernières années, sans jouer pour autant à l’apprenti sorcier avec les voyages dans le passé et ses conséquences éventuelles dans le futur.

Essaie de t’aimer un peu,

Je t’embrasse,

Toi. »

photo_JBB2

Vous pouvez suivre son actualité ici : www.e-jbb.net.

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2 Commentaires

Classé dans Projet "Cher moi"

2 réponses à “La lettre de Jean-Basile Boutak pour le projet « Cher moi »

  1. Tipram Poivre

    J’aurais pu avoir écrit cette lettre, peut-être avec des mots différents, mais la teneur aurait été très semblable. C’est aussi une lettre que j’aurais aimé recevoir. Hélas, à seize ans, mon adolescence était déjà envolée. La dernière recommandation, « essaie de t’aimer un peu », vaut pour tous les âges de la vie.

    Belle leçon de philosophie.

    Tipram

  2. congrats pour l’ensemble de ton blog… je te suis depuis peu et je trouve tes posts de qualité! J’édite moi aussi un blog depuis peu, n’hésite pas à venir me lire! ++ ZAK

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