Archives mensuelles : juin 2013

Quelques nouvelles

inspiration

Les visites sur mon blog se font rares et c’est plus que normal. Je ne l’alimente plus comme par le passé. Y figure toujours des articles concernant mes lectures ou alors quelques lettres du projet « Cher moi » lorsque j’en reçois ; ce qui est beaucoup moins fréquent qu’au tout début. Et c’est bien normal en un sens. Le soufflé est retombé. L’engouement n’est plus aussi fort qu’à son lancement et je pense même clore les soumissions d’ici quelques semaines. Faut dire que je suis tout de même parvenu à trente contributions ce qui est un chiffre tout à fait honorable pour un premier projet.

Généralement, lorsque j’écris un petit billet d’humeur sur ce que je ressens ou sur mes travaux en cours tout se casse la figure. C’est pourquoi je ne vais rien révéler de trop précis. Disons que je suis sorti tout récemment d’une période vide artistique et de gros doutes quant à mon avenir en tant qu’auteur. Je me suis longuement interrogé sur ce que je voulais faire. Je veux dire, parfois des idées d’histoires me traversent l’esprit et je me dois de les écrire. Mais en y repensant, même si ces nouvelles sont bien mieux écrites que mes textes précédents, je ne suis tout de même pas satisfait de ce que raconte l’histoire. Et puis, répondre à des appels à textes permet d’entretenir une certaine gymnastique d’écriture, mais je ne compte pas m’y coller toute ma vie. Il faut parfois se mettre en danger. Écrire des textes de 25 ou 50 000 signes, c’est sympa, mais c’est toujours plus ou moins le même calibre. Alors j’ai essayé de penser à une histoire qui demanderait un plus gros effort de construction. Pas forcément un roman. J’ai un peu peur de ce mot. M’assoir devant mon clavier et me dire : ça y est, aujourd’hui tu débutes ton roman. C’est beaucoup de pression.

Donc, j’ai échafaudé un plan narratif en trois parties. J’y ai mis des thèmes qui me sont chers et j’ai brodé tout autour. Au final, je pense que c’est une histoire qui me ressemble et c’est ce vers quoi je voulais tendre. Ma longue période de doute a été bénéfique. J’ai pu voir dans mes tripes et sortir toutes les choses qui me « parlaient » en tant qu’auteur ; et je remarque du coup que cette phrase est extrêmement bizarre.

Je ne suis plus autant présent sur les réseaux sociaux. Marrant comme checker ce qui se trame sur FB, G+ ou Twitter est devenu quelque chose d’addictif. Et au final, le temps d’écriture diminue fortement. Donc, j’ai revu ma liste de priorités.

J’espère pouvoir entretenir la flamme qui nourrit mon inspiration et la garder auprès de moi aussi longtemps que possible. Sur ce, les p’tits lapins, j’ai une histoire qui n’attend plus que de naître sous mes doigts. À bientôt.

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La lettre d’Atef Attia pour le projet « Cher moi »

Hello les p’tits lapins ! C’est avec un peu de retard que je publie la lettre du 30ème contributeur au projet « Cher moi », j’ai nommé Atef Attia. C’est un petit évènement, certes, mais je ne pensais nullement recevoir autant de lettres pour mon petit projet. Espérons que ce dernier ne s’éteigne pas tout de suite. Qui a dit 50 contributions ? L’avenir nous le dira. En attendant, découvrons qui se cache derrière cette nouvelle lettre.

Je suis né en octobre 1980 à Tunis, où je réside. Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Tunis, je me suis spécialisé dans le commerce international, c’est pourtant dans les lettres que je suis le plus à l’aise. Quelque part au début des années 2000 j’écris ma première nouvelle  »Under Pressure » (et déjà le goût pour le noir) qui m’ouvre l’appétit et je n’ai pas arrêté depuis. D’ailleurs, mon premier recueil sortira d’ici peu dans les librairies. Grand amateur de lecture SFFF, polar et j’en passe, je suis aussi féru de ciné et de bonne zik que je chronique dans mes différents blogs. Je me consacre aussi beaucoup à la photographie en amateur par le biais du collectif des photographes amateurs tunisiens.
Voilà, je sais pas si ça vaut le coup, mais bon.
PS: je te pardonnerai jamais de nous avoir obligé à publier des photos de nos 16 ans ! Photos destinées à mourir lentement et tranquillement dans les oubliettes et les méandres de la mémoire 90’s!

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« Cher Toi/Moi,

D’abord, tu vas arrêter de faire cette tête, oui c’est bien moi, ton toi à 32 balais qui t’envoie à toi, donc moi à 16 piges, une lettre, c’est pas compliqué non? Ne réponds pas, elle était purement rhétorique la question. Juste assieds toi, faut que te parle.
Alors si je me souviens bien, là tu es en 1996-1997 et je te le dis tout de suite, j’arrive pile au bon moment parce que tu es sur le point de faire la pire connerie de ta vie. Je te vois encore, avec tes boutons encore purulents sur la gueule, tes lunettes à monture épaisse et ton bouc qui ne rime à rien, faisant mine de réfléchir, de peser le pour et le contre concernant ton orientation scolaire. Eh ouais, tu es en cinquième secondaire, il te faudra faire un choix sur la filière à suivre pour le restant de ton cursus jusqu’au bac, puis à l’université bien après. Tu as choisi les maths, tu t’en doutes déjà. Tu t’étais dit que ce serait la filière qui te permettrait de filer doux avec le minimum de casse… c’était pas faux, mais t’étais tout le temps juste  »moyen ». Jusque-là, pas trop de sueur. Mais c’est à la fac que ça va chier pour toi. Oué, je te la fais courte, les premières années seront les pires de toute ta vie, que ce soit dans les études (l’économie/gestion, ça craint) ou dans ta vie privée où ce sera vraiment le grand n’importe quoi (gros orages avec les parents, houla!). Tu limiteras les dégâts tant bien que mal mais tu arracheras ton diplôme de Commerce International à cette foutue École Supérieure de Commerce (on l’appelle Supérieure parce que tout le monde s’y croit supérieur).
Mais c’est SUPER! t’exclameras-tu avec ton sourire idiot. Ben oui et non. Oui parce que c’est un excellent diplôme. Non, parce qu’avec la conjoncture merdique du pays, ce diplôme tu t’en es torché le cul. Le chômage battant son plein, tu as dû te rabattre sur un centre d’appel où tu t’es joyeusement fait exploiter pendant 4 longues années de ta vie. Pas vraiment ce dont on rêvait, je sais. Mais bon, tu en sortiras au bout du compte et tu trouveras un poste de responsable administratif dans une boite anonyme qui continuera à t’exploiter, mais au mois là tu as plus de perspectives d’évolution.
Mais c’est AFFREUX! protesteras-tu dans une moue tout aussi idiote. Oui et non.
Oui parce que même si tu  as un revenu régulier et de meilleures perspectives, ce n’est pas encore la joie et tes fins de mois ne sont pas toujours assurées. En plus, ça ne fait de toute façon pas de toi un homme plus épanoui.
Et non, parce que tu passes à côté de l’essentiel: C’est durant ces 4 ans que tu as passés dans l’enfer des Call-Centers que tu en apprendras plus sur toi-même, sur la trempe dont tu es fait et sur ce que tu vaux vraiment. C’est là que tu feras des rencontres de toutes sortes, avec plein de gens, les bons comme les mauvais, ce qui te permettra d’acquérir un don infaillible pour repérer les connards et jauger les personnes au premier coup d’œil.
Plus encore, c’est durant cette période que tu te découvriras des talents que tu n’imaginais pas. Tu vas te mettre à la photographie et tu vas y exceller, comme une seconde nature (je te filerai bien l’adresse de mon site, mais vu que tu l’as pas encore créé, bah il existe pas encore). Et puis tu te rappelles cette chronique de film que t’avais envoyé au journal local? Continue à le faire parce que maintenant tu as ton propre blog musical et cinéma et tu seras aussi rédacteur dans un webzine spécialisé.
Mais le plus important, Atef, c’est que dans quelque temps tu te mettre à écrire une courte nouvelle de fiction. Tu le feras un peu pour rigoler, tu la termineras et tu ne jugeras même pas nécessaire de la faire lire à ton entourage ou à tes amis. Et bien cette nouvelle sera la première d’une longue série, Atef. Au moment où je te parle, je suis en train de finaliser le draft de ton tout premier recueil de nouvelles et je suis en train d’écrire le deuxième. Sans déconner. Alors surtout, surtout ne laisse pas tomber et continue à tout prix, même si ça te semble nul à chier. Tu seras étonné de voir ce qu’il sortira de ton clavier. Ouaip, on a encore des claviers dans mon espace-temps.
En bref Atef, ce que je veux te dire c’est ça: Ton calcul est faux. Le futur ne compte pas, seul l’instant présent vaut la peine d’être vécu pleinement. Arrête de te compliquer la vie, apprends à t’amuser, à ne pas penser et à prendre tout au sérieux, la vie est faite de surprises que tu ne soupçonnes pas et le hasard aime plus que tout se jouer de nos pronostics. La preuve, tu as fini par faire un truc que tu détestes à mort pour un salaire qui n’est pas fameux. Quitte à crever la dalle, autant le faire en exerçant ce qui te botte le plus: Les Arts. Pour moi il est déjà trop tard, je suis bien casé et je ne me plains pas, mais il est souvent très difficile de vivre avec des regrets. Alors que toi, tu as encore une chance. N’hésite pas frérot!
Bon allez ma poule, Chronos me demande d’arrêter de déconner et de rentrer chez moi. C’était sympa de t’avoir parlé. J’aimerai bien savoir ce que tu as fini par choisir, mais je sais que de toute façon tu assumeras comme un grand.

Adios, Compadre. »

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Vous pouvez suivre son actualité ici : Wateverfits.blogspot.com ; atefmovieblog.blogspot.com ; atefmusicblog.blogspot.com ; atefattia.wix.com/aaphotography.

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La lettre de Molly Mollette pour le projet « Cher moi »

Le projet « Cher moi » reprend à nouveau du service. Mine de rien, l’idée fait son chemin sur la toile et de plus en plus de personnes que je ne connaissais pas se prêtent au jeu de la lettre spatio-temporelle. Aujourd’hui, il s’agit de Molly Mollette. Découvrons-la en quelques mots :

Je suis moi et son contraire. Je suis une contradiction ambulante. On m’appelle Molly depuis des années, sans savoir alors que c’est un « nom de code » pour de la drogue… Ceci explique sans doute mes rêves et mes cauchemars…
Depuis que je suis en âge de lire, je n’ai eu de cesse de dévorer tous les livres que j’ai pu tenir entre mes mains. Chacun d’entre eux a pris vie dans mon esprit extasié.
De la même manière, depuis que j’ai su écrire, je me suis raconté des histoires. J’adore écrire, et j’ai toujours secrètement rêvé de publier mes bafouilles sans jamais trouver le courage en moi de tenter l’aventure.
Aujourd’hui, avec l’aide bienveillante de Jean-Basile Boutak, je mets mes contradictions en échec et je propose ma contribution à ce projet. J’espère trouver la force pour ne pas m’arrêter là et pouvoir publier nouvelles, romans et prix Goncourt. (Ben quoi ? Quitte à rêver autant rêver haut et fort non ?)
En attendant, en (des) espérant, voici ce que j’ai à offrir aujourd’hui.

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« Salut Mac Fly !

L’avantage avec nous, c’est que nous ne résistons jamais à la tentation d’écrire ou de lire quelque chose. Je suis donc certaine que nous lirons cette lettre jusqu’au bout. Maintenant, il nous faut nous convaincre, mais nous ne nous en faisons pas, il nous suffit de suivre notre logique.
Je suis toi, mais en 2013 (NOM DE ZEUS !!!)

Démonstration en quatre affirmations :

Primo : tu adores le film auquel nous avons fait allusion. Secundo : Nemrod n’est pas fréquentable, nous devrions nous abstenir ; tu le sais, je le sais, nous le savons. Tertio : je ne décrirais pas ce qu’il y a sur tes bras, tes hanches et tes jambes, mais à nous on ne nous la fait pas. Quatrio : tu te demandes d’où je tire mes sources, et comment je suis au courant que quatrio est une de tes divagations linguistiques préférées.
Panique pas Mac Fly, laisse-moi t’expliquer ce qui nous arrive. En juin 2013, nous venons de découvrir qu’un autre Doc existait. Pas de Delorean volante, mais un service postal au top ; qui permet à ceux qui le souhaitent de s’adresser à leurs jeunes eux. Nous avons longuement hésité avant de nous lancer dans l’expérience. Nous nous sommes vite rendu compte que c’est un véritable cadeau, pour qui sait s’en servir. Nous avons même un peu farfouillé dans les autres lettres, et constaté que les autres participants se réconfortent beaucoup. Sur leurs études, leurs amours, leurs futurs boulots, tout ce qui est sensé compter quand on a 16 ans quoi. D’autres s’autoglissent des conseils fort avisés et des indices sibyllins genre « X ne restera pas dans ta vie », « Y va quitter W » ou « tu épouseras Z ».
Nous, si nous avons décidé de nous écrire, ce n’est pas pour nous rassurer, mais alors pas du tout. Ni pour nous réciter l’alphabet. C’est pour te proposer un choix. Non en fait je te propose rien, je t’impose.
Nous prenons, dans ton cas, des cachets depuis à peu près un an. Nous sommes en guerre entre « moi et moi », ce que nous appellerons plus tard « pulsion de vie vs pulsion de mort ». Nos « moi et moi » d’aujourd’hui viennent donc proposer un « choix » aux « moi et moi » de 1996. Donc nous t’informons que tu as deux alternatives. Pas une de plus.
Choix numéro 1 : balance tes saloperies de cachets avant d’en être complètement dépendante, et va voir un psy. Oui je sais bien que nous n’y croyons pas, mais tu en as besoin. De toute façon, t’y échapperas pas, alors autant y mettre du tien. Un psy, un vrai, un bon, qui te fasse suivre une vraie thérapie. Lutte contre tes angoisses. Ôte tous les objets tranchants de ta piaule. Deviens forte. Deviens super forte. Occupe-toi de mettre de l’ordre dans ta tête, surmonte tes angoisses, tes blessures (parce que de ce côté-là, t’as encore vu que dalle ma grande), arme-toi. Fais quelque chose pour ton corps aussi. Bouge-toi le cul, et sérieusement. Trouve le courage et remue-toi fissa.
Choix numéro 2 : si tu n’as pas la force de mettre à exécution l’option première, alors rends-nous service : va au bord de la nationale et jette-toi sous un camion. Te loupes pas et fais croire à un accident, nos parents ne se remettraient pas d’un suicide. Si t’es pas sûre de ton coup avec le camion, vas plutôt dans ce château en ruines que tu aimes tant, enfile-toi une bouteille d’alcool bien fort et, du haut des remparts, plonge dans la vallée. Peut-être penseront-ils que tu étais bourrée et que tu es tombée. Bref, sois inventive, mais radicale. Ne nous fait pas le coup de la paralysie, nous ne pourrons pas danser sur les tombes en fauteuil roulant.
Ouais je sais ça fait un choc, mais décompresse en imaginant la tronche de Doc ! Te prends pas la tête pour ça, qu’importent les raisons qui me motivent aujourd’hui. Ouais ça va changer l’avenir, et on s’en tape des répercussions. Nous ne sommes pas humanistes. Plus maintenant.
Je ne te dirais rien sur ce qui nous attend, si ce n’est ce que tu as déjà deviné : si tu ne te renforces pas, dépose les armes et épargne-nous la suite. Tout ne dépend que de nous, pas des autres. Juste de notre façon, de notre capacité à gérer les choses. Voilà. Je sais je sais c’est un tantinet dramatique. Exprès. Histoire de te faire comprendre l’importance de la situation.
Regarde la trilogie avant de te décider.
Oh une dernière chose : si (comme je l’espère aujourd’hui) tu choisis l’option première : arrête de fumer, ça coûte la peau des couilles en 2013 un paquet de clopes. Si tu choisis la seconde, brûle la lettre. Dans les deux cas, va jusqu’au bout. Quoi que tu fasses c’est tout bénef’ pour nous, du moment que tu ne te loupes pas.
Allez, salut Mac Fly ! »

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La lettre de Delphine Dumouchel aka Kinder Phinette pour le projet « Cher moi »

Le projet « Cher moi » revient une nouvelle fois sur le devant de la scène avec une nouvelle contribution. Aujourd’hui celle de Delphine Dumouchel aka Kinder Phinette pour celles et ceux qui suivent l’actu de La Cabane à mots d’où sortira très prochainement une anthologie, dont votre serviteur fait partie, à savoir « Antho-noire pour nuits blanches« . Et comme à chaque fois, petit passage par la case bio & biblio.

Bio :

Je vais vous conter la merveilleuse histoire livresque d’un petit poney du Pas-de-Calais. À ma naissance, une fée m’a nommée Delphine Dumouchel, mais beaucoup sur la toile me connaissent sous le pseudo Kinder phinette. Après une reconversion très récente dans le boulot, j’ai commencé à griffouiller sur les lignes de vieux cahiers, sur des bouts d’enveloppes ou encore des tickets de caisse tout en conduisant… (maintenant j’ai un dictaphone, c’est moins dangereux). J’ai donc commencé à écrire en octobre 2012, en participant à un AT pour une illustratrice de talent, Fleurine Rétoré et devinez quoi ? Oui oui, premier texte envoyé, première publication. Et depuis c’est comme-ci on avait ouvert mon Kinder de Pandore, toutes les idées farfelues qui étaient dormantes ont commencé doucement à prendre vie, et attendent désormais d’envahir le monde des lecteurs.

Dumouchel Delphine.

Biblio :

nouvelles : – « Que la chasse commence ! », Artbook illustré de Fleurine Rétoré, Ed. La porte littéraire.
– « Le maître du temps », anthologie Antho-noire pour nuit blanche, Ed la Cabane à mots.

delphine à 15ans

« Chère Delphine (Moi)

25 mars 2013,

Tu dois déjà te demander ce que signifie ce (moi) et bien c’est simple, c’est moi enfin toi qui écris à toi-même. Tu me suis ? Ou plutôt tu te suis ? Et arrête de froncer les sourcils, tu vas choper une vilaine ride !

Bon c’est pas une blague, je suis toi, mais plus vieille, la toi dans un peu plus de 15 ans.

N’importe quoi ? Non, non, je t’assure, c’est toi qui écris une lettre à ton toi plus jeune.

Ok, ok, notre (on va dire « notre » hein) cerveau scientifique ne veut pas le croire. Et pourtant, une partie de toi a envie d’y croire. Alors je te le répète, ce n’est pas une blague, c’est bien toi qui as écrit cette bafouille à 30 ans pour te la faire parvenir un peu avant tes 16 ans !

Comment ? Qu’est-ce que tu peux être chiante à te poser toujours dix mille questions…

Bon, en gros, on a découvert un moyen de faire voyager à travers le temps des objets, c’est encore expérimental mais plusieurs l’ont testé et les résultats ont été plus que satisfaisants. Du coup, je me suis jetée à l’eau ! Pourquoi ne pas tenter l’expérience et par la même occasion t’envoyer quelques recommandations pour changer certaines choses ?

Ben oui, faut te douter que je ne vais pas t’annoncer que des bonnes nouvelles, mais j’ai la ferme intention d’essayer au moins de modifier un petit point de notre histoire, que dis-je un des moments les plus durs de notre passé.

Doctové

Aujourd’hui, tu as 15 ans, bientôt 16, dans quelques mois. La vie au lycée ça roule plutôt bien, les notes sont bonnes mais tu vas dans quelques semaines développer une fâcheuse habitude à accumuler les billets d’excuses pour absences injustifiées. Pour nous, elles seront justifiées mais le lycée ne comprendra jamais pourquoi on ne peut pas aller au cours de 11h et au cours de 16h. Seulement le CPE ne mange pas à la cantine, ne se fait pas écraser contre la porte pour avoir une chance de rentrer et avoir une place en début de table ! Eh oui, quand on finit à 12h, y a déjà un troupeau amassé devant le bâtiment et vu notre gabarit de nain de jardin, face aux terminales, impossible de doubler, du coup on se retrouve placé au fond. Comme les plats sont posés au début de chaque tablé, le temps qu’ils arrivent jusqu’à ton assiette, et bien y a plus rien dedans ! Donc voilà tu n’iras plus au dernier cours de la matinée en troisième trimestre et d’ailleurs tu louperas aussi ceux de 16h. Autre question de logique, pour être dans les premiers à monter dans le bus de 17h et ainsi avoir une place assise ! Ok, c’est futile ! Alors premier conseil : espace !

Évite de le faire tous les jours, même si ça te paraît cool, car je t’assure que tu trouveras bien moins cool, l’avertissement conduite sur ton bulletin ! Et tes parents, n’en parlons pas…

Bon, ça c’était une petite parenthèse, mise en bouche avant d’attaquer LE sujet délicat. Dans 3mois, notre vie va être bouleversée.

Le premier week-end de juillet est synonyme d’un petit moment camping. Samedi départ vers 12h30, Doctové doit nous rejoindre à la maison. Tu es amoureuse depuis toujours, depuis que t’as jeté ta tutute à la poubelle, main dans la main avec lui. Il te connaît par cœur, élevé pratiquement ensemble, nos parents étant très proches, on est passé par tous les stades : frère et sœur, meilleurs amis, et depuis l’été dernier, on s’est dit « je t’aime » le plus naturellement du monde.

Même s’il t’adore, je vais te faire un peu la morale, tu exagères ! Tu es parfois trop capricieuse, étouffante et franchement, il a bien du courage de te (enfin nous) supporter.

Alors j’aimerais que tu changes un peu, juste le temps de ce premier week-end de juillet, juste quelques heures. Que tu ne cries pas, que tu ne fasses pas de chantages futiles quand ce samedi matin à 9h00 il te téléphonera pour te dire qu’il ne pourra pas venir avant 14h00, car personne ne peut le conduire en voiture. Dis-lui simplement que ce n’est pas grave, que tu patienteras un peu. Ne le pousse pas à prendre la mobylette de son frère, ne le pousse pas à s’aventurer dans les petits chemins de campagne parce que tu es incapable d’attendre quelques heures. Car tu le regretteras toute ta vie… Toute ta vie, tu voudras effacer tes mots, effacer cette matinée, ne pas décrocher le téléphone à midi, ne pas pleurer toutes les larmes de ton corps, et t’en vouloir jusqu’à la fin de ta vie.

Car oui, tu le pousses à te rejoindre plus tôt, tu ne le reverras plus jamais.

Alors je t’en conjure, toi qui n’écoutes jamais rien, pour une fois, une seule, change notre passé.

Je t’embrasse,

ou comme on dit maintenant :

bisouxxx mdr

 Delphine. »

delphine à 30 ans et pas toutes ses dents

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