La lettre d’Atef Attia pour le projet « Cher moi »

Hello les p’tits lapins ! C’est avec un peu de retard que je publie la lettre du 30ème contributeur au projet « Cher moi », j’ai nommé Atef Attia. C’est un petit évènement, certes, mais je ne pensais nullement recevoir autant de lettres pour mon petit projet. Espérons que ce dernier ne s’éteigne pas tout de suite. Qui a dit 50 contributions ? L’avenir nous le dira. En attendant, découvrons qui se cache derrière cette nouvelle lettre.

Je suis né en octobre 1980 à Tunis, où je réside. Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Tunis, je me suis spécialisé dans le commerce international, c’est pourtant dans les lettres que je suis le plus à l’aise. Quelque part au début des années 2000 j’écris ma première nouvelle  »Under Pressure » (et déjà le goût pour le noir) qui m’ouvre l’appétit et je n’ai pas arrêté depuis. D’ailleurs, mon premier recueil sortira d’ici peu dans les librairies. Grand amateur de lecture SFFF, polar et j’en passe, je suis aussi féru de ciné et de bonne zik que je chronique dans mes différents blogs. Je me consacre aussi beaucoup à la photographie en amateur par le biais du collectif des photographes amateurs tunisiens.
Voilà, je sais pas si ça vaut le coup, mais bon.
PS: je te pardonnerai jamais de nous avoir obligé à publier des photos de nos 16 ans ! Photos destinées à mourir lentement et tranquillement dans les oubliettes et les méandres de la mémoire 90’s!

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« Cher Toi/Moi,

D’abord, tu vas arrêter de faire cette tête, oui c’est bien moi, ton toi à 32 balais qui t’envoie à toi, donc moi à 16 piges, une lettre, c’est pas compliqué non? Ne réponds pas, elle était purement rhétorique la question. Juste assieds toi, faut que te parle.
Alors si je me souviens bien, là tu es en 1996-1997 et je te le dis tout de suite, j’arrive pile au bon moment parce que tu es sur le point de faire la pire connerie de ta vie. Je te vois encore, avec tes boutons encore purulents sur la gueule, tes lunettes à monture épaisse et ton bouc qui ne rime à rien, faisant mine de réfléchir, de peser le pour et le contre concernant ton orientation scolaire. Eh ouais, tu es en cinquième secondaire, il te faudra faire un choix sur la filière à suivre pour le restant de ton cursus jusqu’au bac, puis à l’université bien après. Tu as choisi les maths, tu t’en doutes déjà. Tu t’étais dit que ce serait la filière qui te permettrait de filer doux avec le minimum de casse… c’était pas faux, mais t’étais tout le temps juste  »moyen ». Jusque-là, pas trop de sueur. Mais c’est à la fac que ça va chier pour toi. Oué, je te la fais courte, les premières années seront les pires de toute ta vie, que ce soit dans les études (l’économie/gestion, ça craint) ou dans ta vie privée où ce sera vraiment le grand n’importe quoi (gros orages avec les parents, houla!). Tu limiteras les dégâts tant bien que mal mais tu arracheras ton diplôme de Commerce International à cette foutue École Supérieure de Commerce (on l’appelle Supérieure parce que tout le monde s’y croit supérieur).
Mais c’est SUPER! t’exclameras-tu avec ton sourire idiot. Ben oui et non. Oui parce que c’est un excellent diplôme. Non, parce qu’avec la conjoncture merdique du pays, ce diplôme tu t’en es torché le cul. Le chômage battant son plein, tu as dû te rabattre sur un centre d’appel où tu t’es joyeusement fait exploiter pendant 4 longues années de ta vie. Pas vraiment ce dont on rêvait, je sais. Mais bon, tu en sortiras au bout du compte et tu trouveras un poste de responsable administratif dans une boite anonyme qui continuera à t’exploiter, mais au mois là tu as plus de perspectives d’évolution.
Mais c’est AFFREUX! protesteras-tu dans une moue tout aussi idiote. Oui et non.
Oui parce que même si tu  as un revenu régulier et de meilleures perspectives, ce n’est pas encore la joie et tes fins de mois ne sont pas toujours assurées. En plus, ça ne fait de toute façon pas de toi un homme plus épanoui.
Et non, parce que tu passes à côté de l’essentiel: C’est durant ces 4 ans que tu as passés dans l’enfer des Call-Centers que tu en apprendras plus sur toi-même, sur la trempe dont tu es fait et sur ce que tu vaux vraiment. C’est là que tu feras des rencontres de toutes sortes, avec plein de gens, les bons comme les mauvais, ce qui te permettra d’acquérir un don infaillible pour repérer les connards et jauger les personnes au premier coup d’œil.
Plus encore, c’est durant cette période que tu te découvriras des talents que tu n’imaginais pas. Tu vas te mettre à la photographie et tu vas y exceller, comme une seconde nature (je te filerai bien l’adresse de mon site, mais vu que tu l’as pas encore créé, bah il existe pas encore). Et puis tu te rappelles cette chronique de film que t’avais envoyé au journal local? Continue à le faire parce que maintenant tu as ton propre blog musical et cinéma et tu seras aussi rédacteur dans un webzine spécialisé.
Mais le plus important, Atef, c’est que dans quelque temps tu te mettre à écrire une courte nouvelle de fiction. Tu le feras un peu pour rigoler, tu la termineras et tu ne jugeras même pas nécessaire de la faire lire à ton entourage ou à tes amis. Et bien cette nouvelle sera la première d’une longue série, Atef. Au moment où je te parle, je suis en train de finaliser le draft de ton tout premier recueil de nouvelles et je suis en train d’écrire le deuxième. Sans déconner. Alors surtout, surtout ne laisse pas tomber et continue à tout prix, même si ça te semble nul à chier. Tu seras étonné de voir ce qu’il sortira de ton clavier. Ouaip, on a encore des claviers dans mon espace-temps.
En bref Atef, ce que je veux te dire c’est ça: Ton calcul est faux. Le futur ne compte pas, seul l’instant présent vaut la peine d’être vécu pleinement. Arrête de te compliquer la vie, apprends à t’amuser, à ne pas penser et à prendre tout au sérieux, la vie est faite de surprises que tu ne soupçonnes pas et le hasard aime plus que tout se jouer de nos pronostics. La preuve, tu as fini par faire un truc que tu détestes à mort pour un salaire qui n’est pas fameux. Quitte à crever la dalle, autant le faire en exerçant ce qui te botte le plus: Les Arts. Pour moi il est déjà trop tard, je suis bien casé et je ne me plains pas, mais il est souvent très difficile de vivre avec des regrets. Alors que toi, tu as encore une chance. N’hésite pas frérot!
Bon allez ma poule, Chronos me demande d’arrêter de déconner et de rentrer chez moi. C’était sympa de t’avoir parlé. J’aimerai bien savoir ce que tu as fini par choisir, mais je sais que de toute façon tu assumeras comme un grand.

Adios, Compadre. »

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Vous pouvez suivre son actualité ici : Wateverfits.blogspot.com ; atefmovieblog.blogspot.com ; atefmusicblog.blogspot.com ; atefattia.wix.com/aaphotography.

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La lettre de Molly Mollette pour le projet « Cher moi »

Le projet « Cher moi » reprend à nouveau du service. Mine de rien, l’idée fait son chemin sur la toile et de plus en plus de personnes que je ne connaissais pas se prêtent au jeu de la lettre spatio-temporelle. Aujourd’hui, il s’agit de Molly Mollette. Découvrons-la en quelques mots :

Je suis moi et son contraire. Je suis une contradiction ambulante. On m’appelle Molly depuis des années, sans savoir alors que c’est un « nom de code » pour de la drogue… Ceci explique sans doute mes rêves et mes cauchemars…
Depuis que je suis en âge de lire, je n’ai eu de cesse de dévorer tous les livres que j’ai pu tenir entre mes mains. Chacun d’entre eux a pris vie dans mon esprit extasié.
De la même manière, depuis que j’ai su écrire, je me suis raconté des histoires. J’adore écrire, et j’ai toujours secrètement rêvé de publier mes bafouilles sans jamais trouver le courage en moi de tenter l’aventure.
Aujourd’hui, avec l’aide bienveillante de Jean-Basile Boutak, je mets mes contradictions en échec et je propose ma contribution à ce projet. J’espère trouver la force pour ne pas m’arrêter là et pouvoir publier nouvelles, romans et prix Goncourt. (Ben quoi ? Quitte à rêver autant rêver haut et fort non ?)
En attendant, en (des) espérant, voici ce que j’ai à offrir aujourd’hui.

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« Salut Mac Fly !

L’avantage avec nous, c’est que nous ne résistons jamais à la tentation d’écrire ou de lire quelque chose. Je suis donc certaine que nous lirons cette lettre jusqu’au bout. Maintenant, il nous faut nous convaincre, mais nous ne nous en faisons pas, il nous suffit de suivre notre logique.
Je suis toi, mais en 2013 (NOM DE ZEUS !!!)

Démonstration en quatre affirmations :

Primo : tu adores le film auquel nous avons fait allusion. Secundo : Nemrod n’est pas fréquentable, nous devrions nous abstenir ; tu le sais, je le sais, nous le savons. Tertio : je ne décrirais pas ce qu’il y a sur tes bras, tes hanches et tes jambes, mais à nous on ne nous la fait pas. Quatrio : tu te demandes d’où je tire mes sources, et comment je suis au courant que quatrio est une de tes divagations linguistiques préférées.
Panique pas Mac Fly, laisse-moi t’expliquer ce qui nous arrive. En juin 2013, nous venons de découvrir qu’un autre Doc existait. Pas de Delorean volante, mais un service postal au top ; qui permet à ceux qui le souhaitent de s’adresser à leurs jeunes eux. Nous avons longuement hésité avant de nous lancer dans l’expérience. Nous nous sommes vite rendu compte que c’est un véritable cadeau, pour qui sait s’en servir. Nous avons même un peu farfouillé dans les autres lettres, et constaté que les autres participants se réconfortent beaucoup. Sur leurs études, leurs amours, leurs futurs boulots, tout ce qui est sensé compter quand on a 16 ans quoi. D’autres s’autoglissent des conseils fort avisés et des indices sibyllins genre « X ne restera pas dans ta vie », « Y va quitter W » ou « tu épouseras Z ».
Nous, si nous avons décidé de nous écrire, ce n’est pas pour nous rassurer, mais alors pas du tout. Ni pour nous réciter l’alphabet. C’est pour te proposer un choix. Non en fait je te propose rien, je t’impose.
Nous prenons, dans ton cas, des cachets depuis à peu près un an. Nous sommes en guerre entre « moi et moi », ce que nous appellerons plus tard « pulsion de vie vs pulsion de mort ». Nos « moi et moi » d’aujourd’hui viennent donc proposer un « choix » aux « moi et moi » de 1996. Donc nous t’informons que tu as deux alternatives. Pas une de plus.
Choix numéro 1 : balance tes saloperies de cachets avant d’en être complètement dépendante, et va voir un psy. Oui je sais bien que nous n’y croyons pas, mais tu en as besoin. De toute façon, t’y échapperas pas, alors autant y mettre du tien. Un psy, un vrai, un bon, qui te fasse suivre une vraie thérapie. Lutte contre tes angoisses. Ôte tous les objets tranchants de ta piaule. Deviens forte. Deviens super forte. Occupe-toi de mettre de l’ordre dans ta tête, surmonte tes angoisses, tes blessures (parce que de ce côté-là, t’as encore vu que dalle ma grande), arme-toi. Fais quelque chose pour ton corps aussi. Bouge-toi le cul, et sérieusement. Trouve le courage et remue-toi fissa.
Choix numéro 2 : si tu n’as pas la force de mettre à exécution l’option première, alors rends-nous service : va au bord de la nationale et jette-toi sous un camion. Te loupes pas et fais croire à un accident, nos parents ne se remettraient pas d’un suicide. Si t’es pas sûre de ton coup avec le camion, vas plutôt dans ce château en ruines que tu aimes tant, enfile-toi une bouteille d’alcool bien fort et, du haut des remparts, plonge dans la vallée. Peut-être penseront-ils que tu étais bourrée et que tu es tombée. Bref, sois inventive, mais radicale. Ne nous fait pas le coup de la paralysie, nous ne pourrons pas danser sur les tombes en fauteuil roulant.
Ouais je sais ça fait un choc, mais décompresse en imaginant la tronche de Doc ! Te prends pas la tête pour ça, qu’importent les raisons qui me motivent aujourd’hui. Ouais ça va changer l’avenir, et on s’en tape des répercussions. Nous ne sommes pas humanistes. Plus maintenant.
Je ne te dirais rien sur ce qui nous attend, si ce n’est ce que tu as déjà deviné : si tu ne te renforces pas, dépose les armes et épargne-nous la suite. Tout ne dépend que de nous, pas des autres. Juste de notre façon, de notre capacité à gérer les choses. Voilà. Je sais je sais c’est un tantinet dramatique. Exprès. Histoire de te faire comprendre l’importance de la situation.
Regarde la trilogie avant de te décider.
Oh une dernière chose : si (comme je l’espère aujourd’hui) tu choisis l’option première : arrête de fumer, ça coûte la peau des couilles en 2013 un paquet de clopes. Si tu choisis la seconde, brûle la lettre. Dans les deux cas, va jusqu’au bout. Quoi que tu fasses c’est tout bénef’ pour nous, du moment que tu ne te loupes pas.
Allez, salut Mac Fly ! »

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La lettre de Delphine Dumouchel aka Kinder Phinette pour le projet « Cher moi »

Le projet « Cher moi » revient une nouvelle fois sur le devant de la scène avec une nouvelle contribution. Aujourd’hui celle de Delphine Dumouchel aka Kinder Phinette pour celles et ceux qui suivent l’actu de La Cabane à mots d’où sortira très prochainement une anthologie, dont votre serviteur fait partie, à savoir « Antho-noire pour nuits blanches« . Et comme à chaque fois, petit passage par la case bio & biblio.

Bio :

Je vais vous conter la merveilleuse histoire livresque d’un petit poney du Pas-de-Calais. À ma naissance, une fée m’a nommée Delphine Dumouchel, mais beaucoup sur la toile me connaissent sous le pseudo Kinder phinette. Après une reconversion très récente dans le boulot, j’ai commencé à griffouiller sur les lignes de vieux cahiers, sur des bouts d’enveloppes ou encore des tickets de caisse tout en conduisant… (maintenant j’ai un dictaphone, c’est moins dangereux). J’ai donc commencé à écrire en octobre 2012, en participant à un AT pour une illustratrice de talent, Fleurine Rétoré et devinez quoi ? Oui oui, premier texte envoyé, première publication. Et depuis c’est comme-ci on avait ouvert mon Kinder de Pandore, toutes les idées farfelues qui étaient dormantes ont commencé doucement à prendre vie, et attendent désormais d’envahir le monde des lecteurs.

Dumouchel Delphine.

Biblio :

nouvelles : – « Que la chasse commence ! », Artbook illustré de Fleurine Rétoré, Ed. La porte littéraire.
– « Le maître du temps », anthologie Antho-noire pour nuit blanche, Ed la Cabane à mots.

delphine à 15ans

« Chère Delphine (Moi)

25 mars 2013,

Tu dois déjà te demander ce que signifie ce (moi) et bien c’est simple, c’est moi enfin toi qui écris à toi-même. Tu me suis ? Ou plutôt tu te suis ? Et arrête de froncer les sourcils, tu vas choper une vilaine ride !

Bon c’est pas une blague, je suis toi, mais plus vieille, la toi dans un peu plus de 15 ans.

N’importe quoi ? Non, non, je t’assure, c’est toi qui écris une lettre à ton toi plus jeune.

Ok, ok, notre (on va dire « notre » hein) cerveau scientifique ne veut pas le croire. Et pourtant, une partie de toi a envie d’y croire. Alors je te le répète, ce n’est pas une blague, c’est bien toi qui as écrit cette bafouille à 30 ans pour te la faire parvenir un peu avant tes 16 ans !

Comment ? Qu’est-ce que tu peux être chiante à te poser toujours dix mille questions…

Bon, en gros, on a découvert un moyen de faire voyager à travers le temps des objets, c’est encore expérimental mais plusieurs l’ont testé et les résultats ont été plus que satisfaisants. Du coup, je me suis jetée à l’eau ! Pourquoi ne pas tenter l’expérience et par la même occasion t’envoyer quelques recommandations pour changer certaines choses ?

Ben oui, faut te douter que je ne vais pas t’annoncer que des bonnes nouvelles, mais j’ai la ferme intention d’essayer au moins de modifier un petit point de notre histoire, que dis-je un des moments les plus durs de notre passé.

Doctové

Aujourd’hui, tu as 15 ans, bientôt 16, dans quelques mois. La vie au lycée ça roule plutôt bien, les notes sont bonnes mais tu vas dans quelques semaines développer une fâcheuse habitude à accumuler les billets d’excuses pour absences injustifiées. Pour nous, elles seront justifiées mais le lycée ne comprendra jamais pourquoi on ne peut pas aller au cours de 11h et au cours de 16h. Seulement le CPE ne mange pas à la cantine, ne se fait pas écraser contre la porte pour avoir une chance de rentrer et avoir une place en début de table ! Eh oui, quand on finit à 12h, y a déjà un troupeau amassé devant le bâtiment et vu notre gabarit de nain de jardin, face aux terminales, impossible de doubler, du coup on se retrouve placé au fond. Comme les plats sont posés au début de chaque tablé, le temps qu’ils arrivent jusqu’à ton assiette, et bien y a plus rien dedans ! Donc voilà tu n’iras plus au dernier cours de la matinée en troisième trimestre et d’ailleurs tu louperas aussi ceux de 16h. Autre question de logique, pour être dans les premiers à monter dans le bus de 17h et ainsi avoir une place assise ! Ok, c’est futile ! Alors premier conseil : espace !

Évite de le faire tous les jours, même si ça te paraît cool, car je t’assure que tu trouveras bien moins cool, l’avertissement conduite sur ton bulletin ! Et tes parents, n’en parlons pas…

Bon, ça c’était une petite parenthèse, mise en bouche avant d’attaquer LE sujet délicat. Dans 3mois, notre vie va être bouleversée.

Le premier week-end de juillet est synonyme d’un petit moment camping. Samedi départ vers 12h30, Doctové doit nous rejoindre à la maison. Tu es amoureuse depuis toujours, depuis que t’as jeté ta tutute à la poubelle, main dans la main avec lui. Il te connaît par cœur, élevé pratiquement ensemble, nos parents étant très proches, on est passé par tous les stades : frère et sœur, meilleurs amis, et depuis l’été dernier, on s’est dit « je t’aime » le plus naturellement du monde.

Même s’il t’adore, je vais te faire un peu la morale, tu exagères ! Tu es parfois trop capricieuse, étouffante et franchement, il a bien du courage de te (enfin nous) supporter.

Alors j’aimerais que tu changes un peu, juste le temps de ce premier week-end de juillet, juste quelques heures. Que tu ne cries pas, que tu ne fasses pas de chantages futiles quand ce samedi matin à 9h00 il te téléphonera pour te dire qu’il ne pourra pas venir avant 14h00, car personne ne peut le conduire en voiture. Dis-lui simplement que ce n’est pas grave, que tu patienteras un peu. Ne le pousse pas à prendre la mobylette de son frère, ne le pousse pas à s’aventurer dans les petits chemins de campagne parce que tu es incapable d’attendre quelques heures. Car tu le regretteras toute ta vie… Toute ta vie, tu voudras effacer tes mots, effacer cette matinée, ne pas décrocher le téléphone à midi, ne pas pleurer toutes les larmes de ton corps, et t’en vouloir jusqu’à la fin de ta vie.

Car oui, tu le pousses à te rejoindre plus tôt, tu ne le reverras plus jamais.

Alors je t’en conjure, toi qui n’écoutes jamais rien, pour une fois, une seule, change notre passé.

Je t’embrasse,

ou comme on dit maintenant :

bisouxxx mdr

 Delphine. »

delphine à 30 ans et pas toutes ses dents

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Cosmic Karma dans « Rêves et Cris » sur Nolife

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Comme je le disais sur mon profil Facebook dimanche soir, l’équipe de « Rêves et Cris » s’est gentiment penchée sur ma nouvelle publiée chez Walrus, « Cosmic Karma ».
Je vous donne donc rendez-vous ce mercredi 29 mai 2013 à 20h sur le chaîne Nolife.

Pour les plus impatients, je poste ici la vidéo de la bande-annonce (où j’apparais vers la fin ^^).

Et puis, pour ceux qui n’auraient pas encore plongés dans les méandres tortueux de Cosmic Karma, je redonne le lien vers le site de Walrus où vous pourrez vous offrir un trip mystique pour seulement 0,99 €.

Je vous dis donc à mercredi les p’tits lapins 😀

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La lettre d’Aude Yeuse pour le projet « Cher moi »

Avant que je n’aille passer une petite semaine en Bretagne, j’ai reçu une participation au projet. Comme j’étais en plein préparatif pour mes vacances, je n’ai pas eu le temps de la mettre sur mon blog. Cette jeune femme a eu vent du projet via Twitter et a décidé d’y participer. Sa présentation est sommaire, mais sa lettre m’a plu. Je vous laisse la découvrir. Bonne lecture.

Bio : Je ne suis rien ni personne, mais l’idée m’a séduite.

Voici donc ma maigre contribution :

« Chère moi,

Aujourd’hui tu as une chance inouïe puisque grâce à toi, tu vas pouvoir t’asseoir sur tes rêves puérils de tentative de conformisme et laisser éclater plus rapidement ta verve venimeuse à la face du monde avec force, conviction et talent.

Parce que oui, comme tu le soupçonnes déjà, le monde est pocheté. Et non, il ne s’arrangera pas. Et non, ce n’est pas ton pseudo manque de maturité, ta crise d’adolescence, qui te fait voir le verre à moitié vide. Le verre est vide, et pas qu’à moitié. Tes profs, fais toi confiance, sont des pantres argotés. Tes parents ?? Aime-les pour ce qu’ils sont, des géniteurs un peu collants mais bien utiles en fin de mois (le mois se finit généralement vers le 14, 15..). Tes amis ?! Je te les ai trouvés il y a peu, du genre de ceux à qui tu ne fais pas confiance parce qu’entre ces amis-là, la confiance, ça ne se fait pas, c’est mal vu, c’est incorrect… enfin, tu comprendras quand tu les trouveras.

En fait, ma chère, ton problème du moment, (mis à part cette acné qui te laissera des cicatrices très longtemps (arrête le biactol et garde ton pognon pour tes futurs 16 du mois)) est exactement celui qui, je l’espère, te poursuivra le reste de ma vie, qui fera de toi ce que je suis aujourd’hui.

Ce goût métallique dans ta gargane ? C’est ta langue. Une bavarde en acier trempé, effilée et bien aiguisée. C’est ton meilleur atout, ton talent, ton arme, ta passion. Attention, ne te méprends pas, tu n’es pas de celles qui bouffent du bon dieu le matin pour dégueuler le diable le soir. Non, avec toi, il n’y a pas de tromperie, tu cingles dès le réveil. Ne t’inquiète pas, tu pourras toujours en user et en abuser, car pléthore sont ceux qui chercheront le fouet de ton délicieux mépris.

Tu l’auras compris, cette missive improbable, je te l’envoie pour cette seule et unique raison : cesser de m’en mordre les arpions pour ces quelques années où je n’ai pas osé les malingrer. Ne manque pas le coche. Amuse t’en, amuse-moi !

Aude Yeuse. »

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La madeleine d’Alan

La coiffe de naissance

Texte : Alan Moore
Dessin : Eddie Campbell
Éditeur : Ça et Là
Parution : mercredi 24 avril 2013
Format : 16×25 cm, relié, couverture simili cuir avec jaquette
56 pages N&B
Prix de vente : 20 euros

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La coiffe de naissance est une œuvre un peu à part. Elle tranche avec les précédentes productions de Moore qui nous avait habitués à des romans graphiques assez conséquent : Swamp Thing, From Hell, Watchmen, V pour Vendetta. Et pour cause puisqu’il ne s’agit pas d’un comics.

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Quelques années après avoir collaboré sur le controversé From Hell, Eddie Campbell rend visite à Moore. Ce dernier lui fait écouter un spectacle enregistré au vieux tribunal de Newcastle en 1995 : La coiffe de naissance. Subjugué par la voix autant que par la beauté du texte, Campbell est assaillit d’images. Et une idée germe dans son esprit : pourquoi ne pas en faire une bande-dessinée ?

Mais avant toute chose, de quoi ça parle ? La coiffe de naissance est une membrane fœtale  translucide que l’on retrouve parfois sur la tête des nouveau-nés. Je n’en avais jamais entendu parler, mais ça sert à ça aussi les bds : à nous apprendre des choses !

C’est en fouillant dans les affaires de sa mère mourante que Moore découvre cette coiffe. Et ce morceau de tissu organique devient alors pour lui une sorte de madeleine de Proust. Un moyen de remonter dans le temps, de prendre la vie à rebours. Moore nous parle de lui-même (pour la toute première fois !), mais également de la société britannique du XIX et XXème siècle.

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Le texte est sublime. Il serait vain d’en résumé le contenu dans cet article. Un seul conseil : il faut absolument le lire ! Au crayon, on retrouve Eddie Campbell. Celui à qui l’on doit les magnifiques illustrations de From Hell. Graphiquement, son style se rapproche des impressionnistes. Il y a même parfois de vrais photographies parfaitement incrustées au milieu des dessins et ça donne l’idée d’une sorte de manuel scolaire, comme si on était supposé retenir quelque chose de notre lecture.

En tout cas, on ne referme pas La coiffe de naissance avec ce sentiment de vide. Le monde nous paraît, en tout cas ce fut le cas pour moi, peut-être un peu plus lumineux, comme si Moore nous avait montré du doigt une vérité essentielle. Comme si, d’une certaine façon, nous venions de retirer notre coiffe de naissance.

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La lettre de Jean-Basile Boutak pour le projet « Cher moi »

Le projet « Cher moi » reprend un peu de service. C’est après avoir posté une chronique d’un roman de Martin Page sur mon blog que Jean-Basile Boutak est venu à ma rencontre et m’a proposé sa contribution, dont je le remercie chaleureusement. Les lettres s’amoncèlent et gageons que les services postaux feront bien leur travail. En attendant, on ne déroge pas à la règle : on passe par la case « Bio & Biblio ».

BIO

Bien qu’il se soit raconté des histoires très tôt, c’est à l’adolescence, suite à la lecture de San Antonio et de son alter ego Frédéric Dard, que Jean-Basile Boutak se frotte modestement à l’écriture. D’autres grands écrivains l’influenceront : James Ellroy, Isaac Asimov, Didier Decoin ou encore Raymond Chandler, la liste n’étant jamais définitive. Il apprécie chez eux la simplicité et l’efficacité de l’écriture, et tente de s’en inspirer.

Petit à petit, lisant et décortiquant, il fait son apprentissage.

De novembre 2011 à octobre 2012, il dirige la collection « Noir c’est noir » des Éditions Numériklivres. Il participe à l’accouchement de plusieurs textes, notamment Un Été de singe puis Fin de route de Jean-Louis Michel, et Haïku d’Éric Calatraba.

Né en 1980, il est auvergnat et fier de l’être. Il aime aussi beaucoup la Charente-Maritime, qui lui procure force et inspiration.

BIBLIOGRAPHIE

Le père Noël ne meurt jamais
, avec Jean-Marie Apostolidès, Les Éditions de Londres, 2013.

Historietas – Les yeux de Fatalitas, avec Hervé Fuchs, Thomas Galley, Jean-Basile Boutak, Rachid Santaki, Éric Neyrinck, Jean-Louis Michel, Florence Döring, Sylvain Kornowski, Chris Simon, Vincent Bernard, Les Éditions Edicool, 2012.

À noter également une participation au recueil 50 micronouvelles de Thierry Crouzet, avec 49 autres auteurs : Lilas Seewald (Préfacier), Thierry Crouzet, Yal Ayerdhal, Nicolas Ancion, François Bon, Ludo Sterman, Stéphane Michaka, Sara Doke, Norman Spinrad, Joelle Wintrebert, Bernard Alteyrac, Brigitte Allègre, Brigitte Celerier, Claude Ecken, David Daurat, Dominique Hasselmann, Francis Zamponi, Helene Dassavray, Henry Eynard, Henri Lehalle, Isabelle Delannoy, Jean-Claude Dunyach, Jean-Michel Le Blanc, Jean-Yves Frechette, Jérôme Picot, Jim Delarge, Juliette Mézenc, Larry Fondation, Laurent Margantin, Lemon A, Lilian Bathelot, Lucien Suel, Magali Duru, Margot Marguerite, Marie-Laure De Noray-Dardenne, Marie Vindy, Maud Saintin, Michel Pagel, Nicolas Le Golvan, Pascale Ferroul, Paul Cabine, Pierre Hanot, Rémi Hamonet, Seb Musser, Serge Lehman, Stéphane Laborde, Ulysse Terrasson

 15ans

« Cher moi,

Je suis toi, et j’ai exactement le double de ton âge. Je t’écris du futur, du tien pour être précis.Je t’écris, car on m’en offre l’opportunité, mais je ne suis pas sûr que cette lettre te parvienne un jour. D’ailleurs, je ne suis pas certain que ce soit souhaitable. Je pourrais te décrire par le menu ce que seront les seize prochaines années de ta vie, mais je ne le désire pas. L’homme que tu es aujourd’hui – mon aujourd’hui – est la somme de tes réussites et de tes erreurs. Si je t’en dis trop, tu seras sans doute tenté d’intervenir dans le déroulement des choses, et notre futur ne serait plus le même. Et de deux choses l’une : d’une part un tien vaut mieux que deux tu l’auras, et si la personne que tu es à trente-deux ans n’est pas parfaite, elle pourrait être nettement pire ; et d’autre part, je risquerais ainsi de ne plus exister, et même si j’ai plus souvent qu’à mon tour des idées noires, je crois que la vie mérite d’être vécue jusqu’au bout, et au moins jusqu’à maintenant. Sinon, je ne serais plus là pour te l’écrire.

Si tout se passe bien, tu auras (ou avais, suivant où le regard se porte) seize ans et toutes tes dents quand tu vas lire cette lettre. Tu es à une époque de ta vie où tu souffres sans t’en apercevoir. Le divorce de papa-maman est encore frais, et tu as beau faire le fier, ça te touche plus profondément que tu ne le penses. Non pas que tu aurais préféré vivre au milieu de parents qui se disputent sans cesse, mais tu prends en pleine face les faiblesses de deux grandes personnes, alors que tu tentes de te construire comme adulte. Mais cela fera ta sensibilité, à fleur de peau sous des allures de marbre.

Depuis que tu inventais des récits policiers sur la machine à écrire de ta sœur alors que tu n’avais pas huit ans, tu sais que tu veux raconter des histoires. Ne dis pas le contraire ; je suis au courant, et cela te prouve d’ailleurs que je suis bien toi. Bientôt, tu parviendras à achever ton premier texte, inspiré par l’amour « impossible » que tu ressens pour une fille. Malheureusement, tu n’es pas encore écrivain à l’heure où je te parle, mais comme le laisse deviner l’adverbe « encore », j’ai en revanche acquis la conviction que ce n’est qu’une question de temps (mais qui se compte en années à mon avis). Il te reste du chemin à parcourir avant de saisir ce que je veux dire, et si je peux te donner un conseil – je ne crois pas que cela change quelque chose d’essentiel à notre avenir – : lis, lis, lis. Tu n’as pas idée à quel point c’est important, tu ne le comprendras sans doute pas plus tôt que tu ne le dois, mais tu seras un peu plus prêt. Lis ce dont tu as envie, sans forcer tes goûts ni t’inquiéter de ce que pensent les autres. Consomme de la fiction sous toutes ses formes : livres, cinéma et séries TV. Ne te bride pas.

J’ai évoqué le sexe faible (qui n’a de faible que le nom). Aime sincèrement celles qui feront battre ton cœur. De celles qui le feront souffrir – aucune ne le fera méchamment – garde le meilleur et une place pour elles dans celui-ci. Ce que je te dis là devrait te rassurer en filigrane sur deux points : tu ne resteras pas puceau éternellement et tu vas connaître l’Amour. Le second est bien entendu plus important, mais je sais que le premier turlupine l’ado titillé par ses hormones que tu es.

Je pourrais aussi te dresser la liste noire des personnes à éviter, mais encore une fois, les voyages forment la jeunesse. Des cons, il y en a sur la route tous les cent mètres. Tu auras de toute manière une tendance constante à retenir le positif de tes expériences et des rencontres. Je le sais, c’est dans ta nature profonde.

Voilà. J’imagine que tu dois être un peu déçu. Tu te dis peut-être que l’âge ne t’a pas arrangé pour gâcher une occasion comme celle-ci. J’ai pourtant l’impression de t’avoir livré mes découvertes les plus importantes de ces seize dernières années, sans jouer pour autant à l’apprenti sorcier avec les voyages dans le passé et ses conséquences éventuelles dans le futur.

Essaie de t’aimer un peu,

Je t’embrasse,

Toi. »

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